Alex North

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Détails

Âge
Nationalité
Filmographie 4 films
Récompenses 10 nominations et 1 victoire

Biographie

Alex North, né Isadore Soifer le 4 décembre 1910 à Chester, en Pennsylvanie (États-Unis), et décédé le 8 septembre 1991 à Los Angeles, est un compositeur de musique de film américain, reconnu pour avoir ouvert la voie à une approche plus psychologique, plus dramatique et plus moderne de la musique de cinéma.

Moins célèbre que certains de ses successeurs, mais ô combien influent, Alex North a marqué un tournant majeur dans la façon dont la musique accompagne l’image. Premier compositeur à introduire le jazz dans les partitions de films hollywoodiens de façon assumée, Alex North a aussi été un pionnier dans l’utilisation de structures musicales complexes, souvent empruntées au monde de la musique classique contemporaine. En résumé, il a brisé les règles... et Hollywood ne l’a jamais oublié.

Des débuts marqués par la musique symphonique et la politique

Avant d’écrire pour le grand écran, Alex North se forme sérieusement à la composition. Il étudie à la Juilliard School, puis au Conservatoire de Moscou, où il se familiarise avec les grands courants musicaux européens du XXe siècle, notamment ceux influencés par le réalisme socialiste. Ce détour par l’URSS dans les années 1930 n’a rien d’anodin : Alex North se lie alors à des artistes engagés, et la dimension humaine, voire politique, de sa musique restera une constante.

À son retour aux États-Unis, il compose pour le théâtre et la danse, ce qui affine son sens du récit. La narration émotionnelle par la musique, il l’apprend sur scène, bien avant de la décliner sur pellicule.

A Streetcar Named Desire : la révolution silencieuse

Le grand virage a lieu en 1951, avec sa première bande originale majeure pour le film A Streetcar Named Desire (Un tramway nommé désir) d'Elia Kazan. C’est une rupture totale : pour la première fois, le jazz est utilisé de manière expressive dans un drame psychologique. À une époque où Hollywood aime encore les grandes envolées symphoniques classiques, Alex North propose une musique tendue, sensuelle, urbaine, en phase avec le trouble émotionnel des personnages.

La partition fait l’effet d’un séisme dans le petit monde de la musique de film. Même si certains passages seront édulcorés par la censure de l’époque (oui, même les saxophones étaient jugés "trop suggestifs"), le ton est donné : Alex North vient d’inventer une autre manière de faire du cinéma avec la musique.

Spartacus, Viva Zapata! et les grandes fresques dramatiques

Tout au long des années 1950 et 1960, Alex North enchaîne les collaborations prestigieuses avec des réalisateurs comme Stanley Kubrick, John Huston ou Joseph L. Mankiewicz. Sa musique pour Spartacus (1960), film épique réalisé par Kubrick, mêle souffle orchestral et tension intime. Elle reste l'une de ses compositions les plus connues, bien que l'histoire entre North et Kubrick ne soit pas un long fleuve tranquille…

Fait marquant : Alex North composera aussi une partition complète pour 2001: A Space Odyssey, mais Kubrick, après avoir reçu la musique, décide finalement de tout remplacer par des morceaux classiques préexistants. Un choc pour North, mais aussi une anecdote restée célèbre dans l’histoire du cinéma. Sa musique originale pour le film ne sera d’ailleurs publiée que plusieurs années après sa mort, redonnant au passage à son travail une reconnaissance posthume.

Un style profondément humain, introspectif et hors du temps

Ce qui caractérise la musique d’Alex North, c’est sa dimension émotionnelle. Là où beaucoup de compositeurs de l’époque travaillent à souligner l’action ou à renforcer l’héroïsme, lui préfère épouser l’intériorité des personnages. Sa musique ne surligne pas : elle révèle. Elle peut être sombre, troublante, mais aussi tendre, lyrique, presque fragile.

Il est également un des rares compositeurs à avoir été capable de passer du film d’auteur intimiste au péplum grand spectacle, du western à la fresque politique, tout en gardant une vraie signature. Un équilibre rare, qui a fait école.

Une reconnaissance tardive, mais méritée

Malgré quinze nominations aux Oscars, Alex North n’en a remporté aucun pour une œuvre en particulier. Ce n’est qu’en 1986 qu’il reçoit un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, une manière pour l’Académie de rattraper le retard, et d’avouer à demi-mot qu’il aurait mérité bien plus tôt une telle reconnaissance.

Aujourd’hui encore, de nombreux compositeurs (notamment Jerry Goldsmith, John Williams ou Thomas Newman) revendiquent l’influence de Alex North dans leur approche de la musique de film : un art du contrepoint subtil, de la tension émotionnelle, du "non-dit musical".

Si son nom ne figure pas toujours en tête des palmarès populaires, Alex North reste l’un des véritables fondateurs de la musique de film moderne, un artisan du sentiment plus que du spectaculaire, un compositeur qui a su faire parler les silences… en musique.

Filmographie

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