Alain Resnais
- Réalisation
Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 2 films |
| Récompenses | 6 nominations et 6 victoires |
Biographie
Alain Resnais est né le 3 juin 1922 à Vannes, en France, et est décédé le 1er mars 2014 à Paris, à l’âge de 91 ans. Cinéaste discret mais profondément influent, il a traversé plus de six décennies de cinéma avec une curiosité constante et une envie tenace d’explorer des formes narratives inédites. Jamais totalement rattaché à un mouvement, Alain Resnais reste pourtant associé à la Nouvelle Vague, tout en ayant toujours suivi une trajectoire bien à lui, à la fois rigoureuse, poétique, et souvent inattendue.
Des courts-métrages au regard engagé
Avant d’atteindre la reconnaissance internationale, Alain Resnais s’illustre dès les années 1940 dans le format du court-métrage, avec une sensibilité particulière pour l’art et la mémoire. Il réalise plusieurs documentaires sur des artistes comme Van Gogh, Gauguin ou Guernica, dans lesquels on perçoit déjà son goût pour les formes hybrides et la narration fragmentée.
Mais c’est en 1955 que son nom s’impose avec force grâce à Nuit et Brouillard, un documentaire d’à peine trente minutes sur les camps de concentration nazis. Le film, d’une sobriété glaçante, mêle images d’archives et prises de vues contemporaines. Ce n’est pas un simple témoignage : c’est une réflexion sur l’oubli, la culpabilité et le poids du passé, thèmes que Alain Resnais ne cessera d’explorer tout au long de sa carrière.
Hiroshima mon amour : la naissance d’un style
En 1959, Alain Resnais réalise Hiroshima mon amour, son premier long-métrage, sur un scénario de Marguerite Duras. Le film bouleverse les conventions narratives avec ses allers-retours entre le présent et le passé, entre le Japon et la France, entre la guerre et l’amour. Il s’agit moins d’un récit linéaire que d’un flot de souvenirs, où les frontières entre réel et mémoire se dissolvent. L’histoire d’une actrice française (incarnée par Emmanuelle Riva) et d’un Japonais devenu son amant n’est qu’un prétexte à une méditation plus vaste sur l’impossibilité d’oublier.
Hiroshima mon amour n’est pas un simple film, c’est un choc formel. La voix off omniprésente, le montage elliptique, la photographie soignée : tous les éléments concourent à créer une œuvre dense, presque hypnotique, qui inspire encore aujourd’hui cinéastes et auteurs.
L’Année dernière à Marienbad, ou le labyrinthe de l’esprit
En 1961, Alain Resnais poursuit son exploration du temps avec L’Année dernière à Marienbad, scénarisé par Alain Robbe-Grillet, figure du Nouveau Roman. Le film est célèbre pour son atmosphère étrange, presque onirique, et pour sa narration déroutante. Aucune certitude n’est donnée au spectateur : s’agit-il d’un souvenir ? d’un fantasme ? d’un mensonge ?
Avec ce film, Alain Resnais montre qu’il ne cherche pas à raconter des histoires au sens traditionnel, mais à faire vivre des expériences mentales, des états d’âme, des sensations flottantes. Il installe son cinéma dans un espace-temps incertain, où tout peut être simultané ou réversible.
Un cinéma entre rigueur intellectuelle et plaisir du jeu
Contrairement à l’image parfois austère qu’on lui prête, Alain Resnais n’a jamais cessé de jouer. Avec les mots, avec les formes, avec les genres. Dans les années 1980 et 1990, il s’autorise des expérimentations plus légères, flirtant avec le théâtre filmé (Mélo), la comédie musicale (On connaît la chanson), ou encore le marivaudage contemporain (Smoking / No Smoking), un film construit autour d’un jeu de bifurcations narratives, où des choix de dialogues créent des réalités alternatives.
Ce qui pourrait passer pour de simples artifices devient, entre ses mains, une manière de sonder la complexité des désirs, des regrets, des parcours humains. Le tout avec une élégance formelle toujours intacte, et un humour discret mais réel, surtout dans ses œuvres les plus tardives.
Une fidélité d’équipe, un goût pour la littérature
Un autre trait marquant de Alain Resnais, c’est sa fidélité à ses collaborateurs. Il travaille souvent avec les mêmes comédiens, parmi lesquels Sabine Azéma (également sa compagne), Pierre Arditi, André Dussollier, Lambert Wilson ou encore Jean-Pierre Bacri. Il collabore aussi régulièrement avec des écrivains, comme Jean Gruault, Jorge Semprún ou Alan Ayckbourn, dont il adaptera plusieurs pièces au cinéma.
Cette connivence entre le cinéma et la littérature est au cœur de son œuvre. On retrouve chez lui un goût pour le dialogue ciselé, pour les récits enchâssés, pour les constructions en abyme qui rappellent les romans les plus sophistiqués, sans jamais sacrifier le plaisir du spectateur.
Alain Resnais, l’architecte des souvenirs
Ce qui traverse toute la filmographie d’Alain Resnais, c’est une obsession pour le temps, la mémoire, et la construction de l’identité à travers le prisme du souvenir. Chez lui, le passé n’est jamais tout à fait passé, il revient par bribes, par glissements, parfois en contradiction avec le présent. Il n’impose jamais de réponses, mais laisse le spectateur naviguer entre plusieurs strates de réalité.
Jusqu’à la fin, Alain Resnais est resté un chercheur formel. Son dernier film, Aimer, boire et chanter, sorti en 2014, montre un cinéaste toujours curieux, toujours joueur, capable de mélanger théâtre, décor stylisé et profondeur émotionnelle avec une apparente légèreté.
Alain Resnais n’a pas cherché la popularité, mais il a laissé une empreinte durable sur le cinéma mondial, comme un architecte discret de l’invisible, un sculpteur du temps intérieur. Et si certains de ses films déroutent, c’est souvent parce qu’ils ne cherchent pas à plaire, mais à faire réfléchir, ressentir, ou simplement à troubler la logique pour mieux approcher ce que la mémoire a de flou, de fragile et de fondamentalement humain.