Aki Kaurismäki
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Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 6 films |
| Récompenses | 5 nominations et 4 victoires |
Biographie
Aki Olavi Kaurismäki, né le 4 avril 1957 à Orimattila, en Finlande, est l’un des réalisateurs européens les plus singuliers de sa génération. Figure emblématique du cinéma d’auteur scandinave, Aki Kaurismäki s’est imposé par son style inimitable : des plans fixes, une direction d’acteurs minimaliste, une économie de dialogues… et pourtant, derrière cette austérité apparente, une forme d’humanité douce, souvent drôle, parfois bouleversante. Il n’a jamais cherché la lumière médiatique, ni la reconnaissance internationale, et c’est justement pour ça qu’elle est venue à lui.
Une voix venue du froid (mais avec une bande-son rock’n’roll)
Si le style de Aki Kaurismäki est immédiatement reconnaissable, c’est sans doute parce qu’il ne ressemble à personne d’autre. Depuis ses débuts dans les années 1980 avec Crime et Châtiment (1983), une relecture très libre de Dostoïevski en milieu ouvrier finlandais, il développe une esthétique qui pourrait presque passer pour de la provocation : décors épurés, couleurs passées, acteurs au phrasé plat et au visage impassible.
Et pourtant, sous cette apparente rigidité se cache une grande tendresse. Le monde de Kaurismäki est peuplé de perdants magnifiques, de travailleurs solitaires, de marginaux silencieux mais dignes, souvent accompagnés d’un chien, d’une vieille voiture et d’un poste de radio grésillant du rock des années 50. Le style n’a rien de gratuit : il raconte une Finlande en marge, un peu figée, un peu triste… mais jamais cynique.
Un regard social à hauteur d’homme
Aki Kaurismäki n’est pas un réalisateur de discours, mais de situations. Ses films parlent de chômage, d’exil, de pauvreté, de solitude — mais sans jamais sombrer dans le pathos. Au contraire, il les aborde avec une forme d’humour sec, presque absurde, qui rappelle parfois le théâtre de l’absurde ou le burlesque muet. Chez lui, les gestes comptent plus que les mots, et un hochement de tête peut remplacer une page de dialogues.
Dans L’Homme sans passé (2002), récompensé à Cannes et nommé aux Oscars, il raconte l’histoire d’un homme amnésique qui, au lieu de chercher à tout prix son ancienne vie, en construit une nouvelle dans une communauté oubliée de tous, avec des gens tout aussi décalés. Un récit simple, lent, mais profondément solidaire, dans le vrai sens du mot. On est très loin du grand drame, et pourtant, on en ressort étrangement touché.
Même logique dans Le Havre (2011), où un vieux cireur de chaussures français accueille un jeune migrant africain traqué par la police. Le ton reste faussement distant, mais le message est limpide : l’hospitalité est une forme de résistance.
Une filmographie rare, mais cohérente
Aki Kaurismäki n’est pas un réalisateur prolifique. Sa filmographie tient en une vingtaine de longs-métrages, réalisés sur plus de quatre décennies. Mais chaque film semble répondre aux précédents, avec des variations sur les mêmes thèmes : la dignité des invisibles, la solitude urbaine, la nostalgie d’un monde qui disparaît, la chaleur humaine dans les endroits les plus froids, au sens propre comme au figuré.
Il forme aussi un duo artistique avec son frère Mika Kaurismäki, également cinéaste, même si leurs styles sont très différents. Ensemble, ils ont contribué à donner un visage au cinéma finlandais contemporain, entre réalisme modeste et poésie du quotidien.
Autre élément récurrent chez Aki Kaurismäki : sa fidélité à une équipe d’acteurs et de techniciens. Kati Outinen, en particulier, devient une sorte d’égérie discrète de son univers, avec son jeu tout en retenue et ses silences éloquents.
Un artiste engagé, mais à sa manière
On ne trouvera pas de longs manifestes ou de tribunes enflammées signées Aki Kaurismäki. Pourtant, son cinéma est éminemment politique. Il parle des oubliés, des travailleurs précaires, des réfugiés, des laissés-pour-compte de la mondialisation, mais toujours à travers des récits intimes. Pas besoin de slogans, il suffit de filmer un regard, un geste, un refus de céder au désespoir.
Il a aussi marqué les esprits par ses prises de position tranchées mais sobres. En 2002, il refuse de se rendre aux Oscars pour protester contre la politique étrangère des États-Unis. Plus tard, il boycotte certains festivals en réaction aux politiques migratoires européennes. Des gestes forts, faits sans tambour ni trompette — comme tout ce qu’il fait.
Aki Kaurismäki, ou le style d’un refus
Refus du bavardage, refus de l’esbroufe visuelle, refus des conventions hollywoodiennes… mais aussi refus de l’indifférence. Aki Kaurismäki construit son œuvre comme on bâtit un abri contre la brutalité du monde : avec peu de moyens, beaucoup de cohérence, et une attention extrême à ceux que le cinéma oublie souvent. Son univers n’a rien de spectaculaire, et c’est précisément ce qui le rend si unique et si humain.
Dans un monde où tout va vite, où tout doit être clair, visible, explicite, Aki Kaurismäki prend le temps de ralentir. Il regarde, il laisse les silences exister, il laisse les gens parler peu, mais dire beaucoup. Et même si ses personnages ont rarement l’air heureux, ils gardent presque toujours une forme de dignité tranquille, comme si l’humour sec et l’entraide silencieuse pouvaient encore suffire à tenir debout.
Filmographie
6 sur 6 films