Abdellatif Kechiche
- Réalisation
- Production
- Écriture
Détails
| Autre nom | عبد اللطيف كشيش |
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| Âge |
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Nationalités |
| Filmographie | 3 films |
| Récompenses | 3 nominations et 2 victoires |
Biographie
Abdellatif Kechiche est né le 7 décembre 1960 à Tunis, en Tunisie. Il arrive en France avec sa famille dans les années 1960, grandit à Nice, puis se forme à l'art dramatique avant de passer derrière la caméra.
À la fois réalisateur, scénariste, producteur et acteur, il est aujourd’hui l’une des figures les plus singulières et controversées du cinéma français contemporain. Le style Abdellatif Kechiche, reconnaissable entre mille, repose sur un mélange de réalisme quasi-documentaire, de longues scènes dialoguées et d’un travail rigoureux sur l’intimité émotionnelle des personnages. Récompensé à plusieurs reprises dans les plus grands festivals internationaux, notamment la Palme d’or à Cannes, il n’a pourtant jamais vraiment cherché la lumière médiatique. À la fois admiré pour sa virtuosité et critiqué pour ses méthodes, Abdellatif Kechiche fascine autant qu’il divise.
Un passage par le théâtre et le jeu avant la réalisation
Avant de devenir cinéaste, Abdellatif Kechiche débute comme acteur, notamment au théâtre, où il se forme aux classiques, puis au cinéma, dans des rôles parfois secondaires mais déjà marquants. Il se fait connaître du public avec La Faute à Voltaire (2000), qu’il réalise lui-même, un premier long-métrage dans lequel il pose les bases de ce qui deviendra sa grammaire cinématographique : des dialogues naturels, une caméra proche des corps, et un intérêt profond pour les questions sociales.
Dans ce film, il aborde déjà les thèmes de l’immigration, de l’identité et de la précarité, à travers le parcours chaotique d’un jeune Tunisien arrivé clandestinement en France. C’est un cinéma du réel, mais sans misérabilisme, où la parole joue un rôle central.
L’Esquive, La Graine et le Mulet, Vénus noire… et l’obsession du détail
C’est avec L’Esquive (2003) que Abdellatif Kechiche gagne une large reconnaissance. Le film, qui révèle notamment Sara Forestier, remporte quatre César, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur. En suivant des adolescents de banlieue qui répètent une pièce de Marivaux, Kechiche capte avec précision les tensions sociales, les codes de langage, et les contradictions d’une jeunesse tiraillée entre les cultures. La mise en scène est brute, presque nerveuse, mais jamais gratuite.
Avec La Graine et le Mulet (2007), il passe à un autre niveau. Le film, tourné à Sète, suit le combat d’un ouvrier maghrébin qui veut ouvrir un restaurant sur un bateau. Porté par Habib Boufares et Hafsia Herzi, le film séduit le public comme la critique, et remporte à nouveau plusieurs prix, dont le César du meilleur film. Ici encore, Abdellatif Kechiche mêle chronique sociale, récit familial et quête de dignité, avec une attention minutieuse à la langue, au silence, au rythme de la vie réelle.
En 2010, Vénus noire marque une rupture. Le film raconte l’histoire tragique de Sarah Baartman, surnommée la « Vénus hottentote », une femme sud-africaine exhibée comme une curiosité en Europe au XIXe siècle. Plus austère, frontal et dérangeant, le film divise profondément. Mais il confirme une chose : Abdellatif Kechiche ne fait jamais de compromis.
La Vie d’Adèle : consécration et controverse
Avec La Vie d’Adèle, Chapitres 1 et 2 (2013), Abdellatif Kechiche atteint une reconnaissance mondiale. Adapté librement de la bande dessinée Le Bleu est une couleur chaude, le film met en scène une histoire d’amour intense entre deux jeunes femmes, interprétées par Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. Le film séduit le jury du Festival de Cannes, présidé cette année-là par Steven Spielberg, qui lui remet la Palme d’or, partagée pour la première fois entre le réalisateur et ses deux actrices.
Mais derrière cette consécration se cache une production chaotique. Les actrices, en particulier Léa Seydoux, dénoncent après la sortie du film des conditions de tournage extrêmement dures, des scènes intimes tournées pendant plusieurs jours, et un climat de travail tendu. La presse s’en empare, et le nom de Kechiche devient synonyme d’exigence, mais aussi de méthode critiquée.
Depuis, cette affaire a profondément marqué la perception publique du cinéaste. Certains y voient un perfectionniste intransigeant, d’autres un réalisateur aux méthodes contestables. Une chose est sûre : le débat a relancé la discussion sur les conditions de tournage, le pouvoir du réalisateur et les limites du réalisme à l’écran.
Un cinéma en marge, une posture toujours indépendante
Abdellatif Kechiche a toujours refusé les codes du cinéma commercial. Pas de stars, pas de rythme formaté, pas de structure narrative conventionnelle. Ses films durent souvent plus de deux heures, parfois beaucoup plus, et multiplient les scènes de repas, de regards, de dialogues à rallonge. Ce n’est pas un hasard s’il divise autant : son style ne cherche pas à plaire mais à faire ressentir.
Il travaille souvent avec des acteurs peu connus, parfois non professionnels, et reste très impliqué à chaque étape de la production. Depuis quelques années, il produit lui-même ses films, dans une volonté d’indépendance totale, quitte à rencontrer de nombreuses difficultés financières.
Filmographie
3 sur 3 films