L'homme et son ombre
136 filmsDifficile de ne pas voir dans cet univers la persistance d'une forme cinématographique ancienne et tenace : le portrait d'homme. Pas le héros d'action ni le criminel, mais l'individu singulier défini par une obsession, un don ou un secret que le film entreprend lentement de mettre à nu. De Citizen Kane à There Will Be Blood, de Will Hunting à Manchester by the Sea, la dramaturgie repose sur la même question fondamentale : qu'est-ce qu'une vie quand on la regarde de près ?
La galerie est hétérogène mais cohérente. Des génies dévastés (Will Hunting, Pi, Le Prestige), des hommes défaits par leur propre ambition (Citizen Kane, There Will Be Blood, 99 Homes), d'autres pétrifiés par un deuil ou une faute (Manchester by the Sea, Les Vestiges du jour), d'autres encore en quête d'un sens qui se dérobe (Un jour sans fin, The Game, Eyes Wide Shut). Kubrick, les frères Coen, Wes Anderson, Paul Thomas Anderson : le thème réunit des auteurs qui partagent une même fascination pour les hommes que leurs propres excès condamnent à la solitude.
Le cinéma de genre s'y glisse sans rupture de ton : Sinister, Wolfman ou Le Maître des illusions appartiennent à la même tradition du portrait en clair-obscur, où l'horreur n'est jamais très loin de l'introspection. Ce qui compte, c'est moins l'événement que l'intérieur d'une conscience mise à l'épreuve.