L'empire des ombres

178 films

Il existe une aire culturelle qui n'a jamais eu besoin d'importer ses obsessions : le Japon produit ses propres fantômes, ses propres codes de l'honneur et ses propres fins du monde. Des samouraïs de Kurosawa aux esprits de Miyazaki, des maudits de Takashi Miike aux yakuzas poétiques de Kitano, ce corpus dessine moins un genre qu'une cosmologie japonaise de la vie et de la mort.

La frontière entre les vivants et les morts y est toujours poreuse. Kwaïdan posait la règle dès 1965 : les âmes ne partent pas vraiment. Les J-horror des années 2000, Ju-on et Audition en tête, ont élevé ce principe au rang de genre mondial, exerçant une influence durable sur l'horreur occidentale. La violence n'y est jamais gratuite mais chargée de sens : elle dit quelque chose sur le sacrifice, l'identité, la transmission.

En marge de ces univers de l'horreur et de l'action chorégraphiée, Miyazaki et Takahata ont porté l'animisme japonais à un niveau universel. Le Tombeau des lucioles, Mon voisin Totoro, Le Conte de la princesse Kaguya partagent avec les films de Kitano et Hamaguchi la même conscience du temps qui passe et de la fragilité du monde vivant.

Ce que ces oeuvres ont en commun, au-delà des genres et des décennies, c'est un rapport au temps long : les esprits demeurent, la beauté n'est jamais aussi intense que face à la disparition, et Tokyo comme le Japon féodal sont les scènes d'un même théâtre humain.

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