Blessures vives
146 filmsLa brutalité n'est jamais gratuite dans ces films : elle a des causes sociales, institutionnelles, historiques. La Haine de Kassovitz cartographie la colère des banlieues françaises avec une précision froide. Trainspotting de Danny Boyle plonge dans l'héroïne et la désaffiliation sociale de l'Écosse thatchérienne. Los olvidados de Buñuel filme les enfants abandonnés de Mexico avec une sécheresse quasi documentaire. Partout, les corps abîmés ne sont pas le spectacle : ils sont le symptôme.
Une autre veine traverse l'ensemble : celle du traumatisme comme combustible d'une violence en retour. Old Boy de Park Chan-wook, Martyrs de Pascal Laugier ou Irréversible de Gaspar Noé poussent cette logique jusqu'à l'insupportable, transformant les blessures du passé en récits qui refusent tout apaisement. Hard Candy, Sleepers, We Need to Talk About Kevin posent la même question sous des formes différentes : que fait-on de ce qui nous a été fait ?
La jeunesse occupe une place centrale. Vol au-dessus d'un nid de coucou, Dog Pound, Les Poings contre les murs, The Magdalene Sisters : les institutions censées protéger les plus vulnérables deviennent ici les agents de leur destruction. Boys Don't Cry, Mustang, Spring Breakers : les corps jeunes, et féminins en particulier, sont des terrains de conflits que la société ne sait pas résoudre.