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Film Index

Witold Sobociński

Images

Nationalité
 Pologne
Mort
19 novembre 2018
Âge
89 ans
Filmographie
4 films

Biographie

Witold Sobociński est un directeur de la photographie, musicien de jazz et enseignant polonais, né le 15 octobre 1929 à Ozorków, près de Łódź, en Pologne, et mort le 19 novembre 2018 à Konstancin-Jeziorna, à l’âge de 89 ans. Il est notamment connu pour ses collaborations avec Andrzej Wajda, Wojciech Jerzy Has et Roman Polanski, ainsi que pour son utilisation expressive de la couleur et du mouvement de caméra.

Le jazz et la formation à l’école de cinéma de Łódź

Passionné de musique dès sa jeunesse, Witold Sobociński apprend à jouer de plusieurs instruments, principalement de la batterie et du trombone. À la fin des années 1940, il rejoint le groupe Melomani, fondé à Łódź autour du saxophoniste et clarinettiste Jerzy « Duduś » Matuszkiewicz. Cet ensemble compte parmi les formations pionnières du jazz polonais, à une époque où cette musique rencontre des difficultés de diffusion dans les pays du bloc soviétique.

Parallèlement à ses activités musicales, il étudie à l’École nationale de cinéma de Łódź, dont il sort diplômé en 1955. Il y côtoie notamment Jerzy Wójcik, futur directeur de la photographie de plusieurs œuvres majeures du cinéma polonais. Son travail sur le court métrage Łodzie wypływają o świcie (1955), réalisé par Ryszard Ber, attire l’attention pour son traitement des paysages maritimes. Le film reçoit une distinction pour sa photographie au Festival mondial de la jeunesse et des étudiants de Moscou en 1957.

Après ses études, Witold Sobociński travaille à la télévision polonaise de Łódź entre 1955 et 1959, comme éclairagiste et opérateur de caméra. Il rejoint ensuite les studios Czołówka de Varsovie, spécialisés dans les films documentaires et éducatifs. Son expérience s’enrichit également sur des productions de fiction, notamment Pharaon (1966), de Jerzy Kawalerowicz, dont la photographie est dirigée par Jerzy Wójcik.

La musique continue d’influencer sa conception du travail cinématographique. Witold Sobociński rapproche lui-même la construction d’une séquence de l’improvisation jazzistique, dans laquelle chaque mouvement s’organise à partir d’une structure rythmique. Il accorde une importance particulière à la durée des plans et aux déplacements de la caméra, qu’il conçoit comme des éléments participant à la progression dramatique.

L’invention d’un langage visuel avec Andrzej Wajda

En 1967, Witold Sobociński signe, avec Andrzej Kostenko, la photographie de Haut les mains ! (Ręce do góry), réalisé par Jerzy Skolimowski. Le film, critique envers le stalinisme, est interdit par la censure polonaise et ne connaît une diffusion publique qu’au début des années 1980. Le travail visuel de Witold Sobociński retient néanmoins l’attention d’Andrzej Wajda, qui lui confie la photographie de Tout est à vendre (Wszystko na sprzedaż, 1968).

Dans cette œuvre consacrée au milieu du cinéma, inspirée par la mort de l’acteur Zbigniew Cybulski, Witold Sobociński expérimente une photographie en couleurs fondée sur les variations de lumière naturelle, les longues focales et les déplacements rapides de caméra. Le traitement des arrière-plans volontairement flous et les changements d’échelle s’inspirent notamment du cinéma de Claude Lelouch, dont Un homme et une femme (1966) constitue une référence assumée.

Sa collaboration avec Wajda prend une dimension particulière dans Les Noces (Wesele, 1972), adaptation de la pièce de Stanisław Wyspiański. Le film rassemble de nombreux personnages lors d’une fête de mariage traversée par des apparitions fantastiques. Pour traduire l’atmosphère de cette nuit, le chef opérateur élabore une palette dominée par les tonalités chaudes des lampes à pétrole, qu’il prolonge jusque dans les scènes extérieures. À mesure que la nuit s’achève, les couleurs deviennent plus froides. Les mouvements de caméra accompagnent les danses, tandis que les figures surnaturelles apparaissent notamment à travers des reflets.

Dans La Terre de la grande promesse (Ziemia obiecana, 1975), consacré à l’industrialisation de Łódź à la fin du XIXe siècle, il partage la direction de la photographie avec Edward Kłosiński et Wacław Dybowski. L’utilisation d’objectifs grand-angles accentue la perspective des décors industriels. Le film est nommé à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1976.

L’espace et la couleur comme instruments du récit

L’une des réalisations les plus singulières de Witold Sobociński est la photographie de La Clepsydre (Sanatorium pod klepsydrą, 1973), film de Wojciech Jerzy Has adapté des récits de Bruno Schulz. Le récit suit Józef, un homme qui visite son père dans un sanatorium où le temps semble obéir à des lois différentes.

Pour créer cet univers, Witold Sobociński utilise des objectifs à très courte focale et des travellings qui modifient la perception de l’espace. Il joue sur les différences d’éclairage entre les premiers plans et les arrière-plans, faisant progressivement disparaître les décors dans l’obscurité. Il adapte également le matériel de prise de vues pour élargir le cadre, en collaboration avec le décorateur Jerzy Skarżyński, qui conçoit de vastes espaces permettant les déplacements continus de la caméra. La Clepsydre reçoit le prix du jury au Festival de Cannes en 1973.

Le chef opérateur retrouve cette recherche expressive dans La Troisième Partie de la nuit (Trzecia część nocy, 1971), premier long métrage d’Andrzej Żuławski. Il y utilise les mouvements circulaires de caméra et les contrastes entre ombre et lumière pour accompagner le récit d’un homme confronté à la violence de l’occupation allemande en Pologne.

Sa conception de l’image accorde aussi une place importante à la peinture. Dans plusieurs entretiens, Witold Sobociński explique que la lumière et la couleur permettent de construire l’espace cinématographique. Cette approche se retrouve dans ses choix de cadrage et dans l’organisation des déplacements à l’intérieur des plans.

Une activité internationale auprès de Roman Polanski

Witold Sobociński collabore avec Roman Polanski sur Pirates (1986), film d’aventures avec Walter Matthau et Cris Campion. La photographie utilise notamment des références picturales à la peinture baroque pour représenter les costumes et les paysages maritimes. Les scènes sont tournées en partie en Tunisie, où une réplique de galion est construite pour les besoins de la production.

Il retrouve Polanski pour Frantic (1988), thriller tourné à Paris, avec Harrison Ford dans le rôle d’un médecin américain recherchant son épouse disparue. Le chef opérateur y développe une photographie qui privilégie les décors urbains réels et les variations de lumière des rues parisiennes. Le film réunit également Emmanuelle Seigner, dont c’est l’un des premiers rôles importants au cinéma.

Son activité internationale comprend aussi Les Torrents du printemps (Torrents of Spring, 1989), adaptation d’une nouvelle d’Ivan Tourgueniev réalisée par Jerzy Skolimowski, avec Timothy Hutton et Nastassja Kinski.

L’enseignement et la transmission familiale

À partir de 1980, Witold Sobociński enseigne à l’École nationale de cinéma de Łódź, où il contribue à la formation de plusieurs générations de chefs opérateurs. Il insiste particulièrement sur les relations entre l’image et la narration, privilégiant les choix de lumière et de cadrage qui répondent aux nécessités dramatiques du scénario.

Son fils, Piotr Sobociński (1958-2001), suit la même voie professionnelle. Directeur de la photographie, celui-ci travaille notamment avec Krzysztof Kieślowski sur Trois Couleurs : Rouge (1994), qui lui vaut une nomination à l’Oscar de la meilleure photographie en 1995. La tradition familiale se poursuit avec ses petits-fils Piotr Sobociński Jr. et Michał Sobociński, également chefs opérateurs.

L’engagement pédagogique de Witold Sobociński s’accompagne de nombreuses distinctions professionnelles. En 2003, il reçoit le prix international de l’American Society of Cinematographers, récompensant sa contribution à l’art de la photographie cinématographique. Le festival Camerimage, consacré au travail des directeurs de la photographie, lui décerne plusieurs récompenses, dont un prix pour l’ensemble de sa carrière en 2018.

Cette dernière distinction lui est remise le 10 novembre 2018, lors de la 26e édition du festival Camerimage, à Bydgoszcz, neuf jours avant sa mort.

Filmographie

  • Pirates
    Tout public

    Fin du XVIIème siècle : le terrible capitaine Red, illustre forban, dérive sur un radeau en compagnie de son jeune disciple français, La Grenouille. Sur une mer plate et sous un soleil de plomb, l’avenir paraît bien sombre aux deux naufragés. Quand soudain surgit à l’horizon un galion espagnol.

    1986 2h04 Directeur de la photographie

  • La terre de la grande promesse
    Tout public

    Au tournant du siècle, Lódz, en Pologne, était un centre de fabrication de textiles au rythme rapide, regorgeant d’industriels acharnés et de conditions de travail dangereuses. Trois jeunes amis, un Polonais, un Juif et un Allemand, mettent leur argent en commun pour construire une usine. Le film suit leur quête impitoyable de fortune.

    1975 2h49 Directeur de la photographie

  • La Clepsydre
    Tout public

    Jozef vient voir son père en traitement dans un sanatorium, où le Dr. Gotard entretient une très mystérieuse atmosphère. Une porte allégorique garde l’entrée du lieu ; dès qu’on la franchit, on pénètre dans un monde de fantaisie issu du subconscient.

    1973 2h04 Directeur de la photographie

  • Pharaon
    Tout public

    1400 avant J.-C. : Le jeune pharaon Ramsès XIII voit l’Égypte menacée par des Assyriens insurgés et des rebelles libyens. Le fanatique grand prêtre Heror représente un danger encore plus grand, lui qui contrôle déjà une partie de l’appareil d’État. Une lutte de pouvoir impitoyable s’engage alors entre les deux hommes.

    1966 2h55 Cadreur