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Film Index

Terence Davies

Casting Réalisation Écriture

Nationalité
 Royaume-Uni
Mort
7 octobre 2023
Âge
77 ans
Filmographie
4 films

Biographie

Terence Davies, né le 10 novembre 1945 à Liverpool et mort le 7 octobre 2023, est un réalisateur et scénariste britannique.

Une enfance de Liverpool au cœur de son œuvre

Terence Davies est le benjamin d’une famille ouvrière catholique de dix enfants, dont sept survivent à la petite enfance. Son père, Thomas Davies, est chiffonnier, tandis que sa mère, Helen O’Brien, occupe une place particulièrement importante dans ses souvenirs et dans plusieurs de ses films autobiographiques.

Son enfance est marquée par la violence de son père, qui meurt d’un cancer lorsque Terence Davies a sept ans. Le cinéaste décrira ensuite les quatre années qui suivent cette disparition comme une période de bonheur exceptionnel. L’entrée à la Sacred Heart Roman Catholic boys’ school rompt cet équilibre. Il y subit des violences répétées de la part d’autres élèves pendant plusieurs années.

La religion catholique intervient également profondément dans son expérience personnelle. À l’adolescence, la découverte de son homosexualité s’accompagne chez lui d’un sentiment de culpabilité nourri par son éducation religieuse. Adulte, Terence Davies abandonne la foi et se définit comme athée. Ces expériences deviennent directement la matière de ses premiers films.

Après avoir quitté l’école, il travaille pendant environ dix ans comme employé dans une compagnie maritime puis comme comptable. Il n’entre donc dans une formation artistique qu’après plusieurs années de vie professionnelle éloignée du cinéma.

Le BFI et la naissance d’une œuvre autobiographique

Au début des années 1970, Terence Davies obtient une bourse lui permettant d’étudier à la Coventry Drama School. Alors qu’il y suit sa formation, il entend parler à la radio du Production Board du British Film Institute et lui soumet le scénario de Children. Le BFI lui accorde un financement de 8 500 livres et lui permet de réaliser le film alors qu’il n’a encore jamais travaillé sur un plateau.

Achevé en 1976, Children transpose directement plusieurs éléments de son enfance, parmi lesquels la violence paternelle, la culpabilité liée à son homosexualité et la mort de son père. Terence Davies poursuit ce travail avec Madonna and Child, réalisé pendant son passage à la National Film School, puis Death and Transfiguration. Les trois œuvres seront réunies sous le titre The Terence Davies Trilogy.

Ces films établissent plusieurs éléments qui demeurent caractéristiques de son écriture. Le récit ne suit pas nécessairement une chronologie continue et les souvenirs sont reliés les uns aux autres par des images, des sons ou des chansons. Terence Davies expliquera que cette construction correspond à sa perception de la mémoire, qu’il considère comme cyclique plutôt que linéaire.

Distant Voices, Still Lives et la reconnaissance internationale

Avec Distant Voices, Still Lives, Terence Davies reprend des souvenirs de sa famille à Liverpool pendant les années 1940 et 1950. Le projet est réalisé en deux parties tournées à deux années d’intervalle. La première, Distant Voices, est suivie de Still Lives, consacré à la vie familiale après la mort du père.

Pete Postlethwaite y interprète le père violent, tandis que Freda Dowie joue la mère. Le récit juxtapose les épisodes domestiques sans les ordonner selon une progression chronologique classique. Les chansons populaires chantées par les personnages servent régulièrement de lien entre les différents souvenirs.

Présenté à Cannes en 1988, Distant Voices, Still Lives reçoit le Prix international de la critique. Sa sélection apporte à Terence Davies une reconnaissance internationale importante. Le producteur Colin MacCabe a rapporté que la projection cannoise avait entraîné rapidement des ventes du film dans de nombreux territoires.

Terence Davies approfondit ensuite le même matériau autobiographique avec The Long Day Closes. Le jeune Bud, inspiré de son enfance, grandit dans le Liverpool d’après-guerre après la mort de son père et trouve dans le cinéma une échappatoire à la solitude, à l’école et aux contraintes religieuses. Le film est sélectionné en compétition au Festival de Cannes en 1992.

La mémoire portée par les chansons et le cinéma

La musique populaire occupe une fonction structurelle particulière dans le travail de Terence Davies. Ses personnages chantent fréquemment ensemble lors de réunions familiales ou dans des pubs, tandis que des chansons enregistrées accompagnent des transitions entre différentes périodes de leur vie. Le BFI souligne cette présence constante des mélodies dans son œuvre autobiographique.

Le cinéma de son enfance tient une place comparable. Terence Davies grandit à proximité de plusieurs salles et développe très tôt une passion pour les comédies musicales, les mélodrames et les westerns. Dans The Long Day Closes, des extraits sonores de films avec Alec Guinness, Judy Garland ou Debbie Reynolds sont directement intégrés au tissu des souvenirs du personnage principal.

Cette relation à Liverpool trouve une forme différente dans Of Time and the City, réalisé en 2008. Terence Davies y utilise des archives, sa propre voix et des morceaux musicaux pour évoquer la transformation de sa ville natale et confronter les images du Liverpool contemporain aux souvenirs de son enfance.

L’adaptation littéraire comme autre voie d’écriture

Après ses films directement autobiographiques, Terence Davies se tourne vers l’adaptation littéraire. Il transpose notamment à l’écran The House of Mirth d’Edith Wharton, avec Gillian Anderson dans le rôle de Lily Bart. Le BFI identifie ce film parmi les adaptations qui prolongent chez lui des préoccupations déjà présentes dans ses œuvres personnelles.

Cette pratique se poursuit avec The Deep Blue Sea, d’après Terence Rattigan, puis Sunset Song, tiré du roman de Lewis Grassic Gibbon. Terence Davies ne considère pas le texte littéraire comme une structure intangible et procède à des suppressions ou réorganisations importantes afin de construire une forme proprement cinématographique. Ses archives de travail conservées et étudiées par le BFI documentent directement ce processus d’adaptation.

Il consacre également deux films à des écrivains. A Quiet Passion prend pour personnage central la poétesse américaine Emily Dickinson, tandis que Benediction est consacré à Siegfried Sassoon, poète britannique marqué par la Première Guerre mondiale et par les contraintes imposées à son homosexualité.

L’homosexualité et la religion comme expériences personnelles

Terence Davies parle ouvertement de son homosexualité dans les entretiens consacrés à son œuvre. Il associe directement les difficultés de son adolescence au conflit entre son orientation sexuelle et l’enseignement catholique reçu pendant son enfance. Cette tension apparaît déjà dans Children et demeure présente plusieurs décennies plus tard dans Benediction.

Son rejet ultérieur du catholicisme ne supprime pas l’importance de la religion dans ses films. Les églises, les rituels et la culpabilité religieuse y restent régulièrement présents comme éléments de son expérience passée. Terence Davies oppose lui-même cette éducation à la découverte du cinéma, qui devient durant son enfance un espace d’émotion et d’évasion.

Il conserve parallèlement un rapport complexe à son propre passé. Terence Davies explique que le souvenir lui procure une forme de sécurité parce qu’il appartient à un monde qu’il connaît et comprend. Ses premiers films et Of Time and the City reposent directement sur cette reconstruction de lieux, de voix et de chansons disparus.

Une carrière marquée par de longues difficultés de financement

Malgré la reconnaissance critique obtenue dès Distant Voices, Still Lives, Terence Davies rencontre régulièrement des difficultés pour financer ses projets. Une interruption particulièrement longue suit The House of Mirth, période pendant laquelle plusieurs projets qu’il souhaite réaliser ne trouvent pas de financement.

Le retour à la réalisation de fiction avec The Deep Blue Sea en 2011 ouvre une période plus soutenue. Il réalise ensuite Sunset Song, A Quiet Passion et Benediction. Ces films lui permettent de poursuivre son travail sur la solitude, le désir, la répression sociale et la littérature à travers des personnages dont les biographies sont éloignées de la sienne.

Terence Davies meurt le 7 octobre 2023, à l’âge de 77 ans, après une courte maladie. Son œuvre achevée comprend neuf longs métrages, auxquels s’ajoutent ses premiers courts métrages autobiographiques et son travail documentaire.

Filmographie

  • Sunset Song
    Tout public

    Dans la campagne écossaise du comté d’Aberdeen, peu avant la Première Guerre mondiale. Après la mort de leur mère épuisée par les grossesses successives, les quatre enfants Guthrie sont séparés. Les deux plus jeunes partent vivre avec leurs oncle et tante tandis que leur soeur, Chris, et leur frère aîné,Will, restent auprès de leur père, John, un homme autoritaire et violent. Les relations de plus en plus houleuses entre père et fils conduisent Will à embarquer pour l’Argentine. Chris se retrouve dans l’obligation de renoncer à son rêve de devenir institutrice pour s’occuper de son père. Peu après, ce dernier succombe à une attaque. Ne pouvant se résoudre à quitter sa terre natale, Chris décide alors de reprendre seule la ferme familiale.

    2015 2h15 Réalisateur Scénario

  • The Deep Blue Sea
    Tout public

    Dans la société londonienne puritaine des années 1950, Hester Collyer, épouse du juge de la Haute Cour Sir William Collyer, mène une vie privilégiée. Mais tout bascule lorsqu'à la stupéfaction générale, elle décide de quitter son mari pour vivre avec Freddie Page, un jeune et beau ancien pilote de la RAF dont elle est profondément amoureuse.

    2011 1h34 Réalisateur Scénario

  • Of Time and the City
    Tout public

    Un film documentaire ? Un essai ? Un pamphlet ? Un poème ? Une confession ? Une rêverie ? Un testament ? Of Time and the City, que Terence Davies signe en 2008, année où la ville de Liverpool est « capitale européenne de la culture », est tout cela à la fois. De fait l'œuvre du cinéaste est largement autobiographique et Liverpool, sa ville natale, y occupe une place centrale. On n'a pas oublié Distant Voices, Still Lives (1988) et The Long Day Closes (1991), les deux longs-métrages qu'il a consacrés à sa famille et à son enfance. Davies ne manque pas d'évoquer également sa douloureuse expérience de la religion catholique et son rejet d'une foi qui fut celle de l'enfance.

    2008 1h14 Self - Narrator (voix) Réalisateur Scénariste

  • Chez les heureux du monde
    Tout public

    Lily Bart est une beauté renommée qui captive les gentlemen de la haute société ; elle finit toutefois par prendre conscience de la précarité de sa situation lorsque ses charmes commencent à susciter l'envie d'autrui. Tiraillée entre ses sentiments et la raison, Lily agit invariablement de la bonne manière aux pires moments. Sa quête d'un mari fortuné, conforme aux attentes sociales, lui coûte non seulement la chance de connaître le véritable amour auprès de Lawrence Selden, mais lui vaut également d'être accusée à tort d'entretenir une liaison avec un homme marié. Le scandale qui en résulte la conduit à être rejetée par ses amis et par la société.

    2000 2h20 Réalisateur Scénario