Ted Geoghegan
- Casting
- Réalisation
- Production
- Écriture
Biographie
- Nationalité
- Né le
- 10 août 1979 à Beaverton (États-Unis)
- Âge
- 47 ans
- Filmographie
- 4 films
Ted J. Geoghegan, né le 10 août 1979 à Beaverton, dans l’Oregon, est un réalisateur, scénariste, producteur et attaché de presse américain spécialisé dans le cinéma de genre. Après avoir écrit et produit de nombreux films d’horreur indépendants et travaillé pendant des années dans la communication pour le cinéma fantastique, il passe à la réalisation avec We Are Still Here en 2015. Il poursuit avec Mohawk, western d’horreur situé pendant la guerre de 1812, puis Brooklyn 45, huis clos surnaturel se déroulant quelques mois après la Seconde Guerre mondiale. Son œuvre se distingue par une fascination pour l’histoire américaine, les traumatismes collectifs et la manière dont le fantastique permet de faire ressurgir un passé que les personnages préféreraient enfouir.
De l’Oregon au Montana
Geoghegan naît dans l’Oregon mais grandit principalement à Great Falls, dans le Montana. Il développe très tôt une passion pour le cinéma fantastique et l’horreur et consacre une grande partie de son adolescence à découvrir les productions américaines mais aussi le cinéma de genre européen. Il cite notamment l’horreur italienne parmi les influences qui détermineront plus tard l’esthétique de We Are Still Here.
Il étudie ensuite à l’University of Montana, à Missoula, où il se spécialise en anglais et obtient un diplôme en éducation anglaise. IMDb indique qu’il y développe particulièrement son écriture de scénario sous la direction de l’enseignant et écrivain Carroll O’Connor. Plutôt que de se tourner vers l’enseignement, Geoghegan s’engage finalement dans le cinéma indépendant.
Son parcours se construit loin du modèle classique du jeune réalisateur qui obtient immédiatement la direction d’un long métrage : pendant plus d’une décennie, il accepte presque tous les métiers susceptibles de le maintenir dans l’univers du cinéma de genre.
Les années du cinéma d’horreur underground
Au début des années 2000, Geoghegan écrit plusieurs productions d’horreur à très petit budget, parfois réalisées en Europe. Ses premiers crédits de scénariste comprennent notamment Demonium, Nikos the Impaler et le segment Moon de Bites: The Werewolf Chronicles.
Cette période le conduit notamment à collaborer avec le réalisateur allemand Timo Rose. Geoghegan écrit Barricade à partir d’un traitement initial de Rose, puis travaille sur d’autres films destinés au marché vidéo et aux festivals spécialisés. Il expliquera plus tard avoir profité de ces productions extrêmement modestes pour apprendre concrètement comment un film est fabriqué, réécrit et transformé entre le scénario et le plateau.
Il signe également le scénario de Sweatshop, slasher réalisé par Stacy Davidson, ainsi que celui de Don’t Wake the Dead. En parallèle, il produit ou participe à des titres comme 100 Tears, Slasher et Darkness Surrounds Roberta.
Ces films sont très éloignés du circuit hollywoodien traditionnel, mais ils lui permettent de nouer un réseau durable dans la communauté internationale de l’horreur indépendante.
De scénariste à attaché de presse
Après son installation à New York, Geoghegan développe une seconde carrière dans les relations publiques pour le cinéma de genre. Il travaille comme attaché de presse pour des films indépendants, des festivals et des sociétés spécialisées, mettant ainsi sa connaissance extrêmement précise du cinéma fantastique au service de la promotion d’autres réalisateurs.
Cette activité devient suffisamment importante pour constituer pendant plusieurs années son principal métier. Geoghegan expliquera qu’il était à la fois scénariste, producteur et publiciste avant même de réaliser son premier long métrage. L’expérience lui donne une compréhension inhabituelle du fonctionnement des festivals, de la presse spécialisée et de la manière dont un film indépendant peut trouver son public.
Son passage à la réalisation ne résulte donc pas d’une rupture avec ce milieu, mais de l’aboutissement d’une quinzaine d’années passées à travailler autour des films des autres.
We Are Still Here, hommage à l’horreur italienne
Geoghegan réalise son premier long métrage avec We Are Still Here, présenté en première mondiale à South by Southwest en 2015. Il en signe également le scénario. Barbara Crampton et Andrew Sensenig interprètent Anne et Paul Sacchetti, un couple endeuillé qui s’installe dans une vieille maison de Nouvelle-Angleterre après la mort de leur fils. Ils découvrent bientôt que la demeure possède une histoire particulièrement violente.
Le projet naît initialement d’une idée développée avec le cinéaste Richard Griffin. Geoghegan explique avoir voulu créer une variation personnelle autour de The House by the Cemetery de Lucio Fulci, l’un des grands représentants de l’horreur italienne qu’il admire. La structure de maison hantée devient ainsi un prétexte pour associer atmosphère funèbre, fantômes calcinés et explosions de gore très physiques.
Le casting rassemble plusieurs figures familières du cinéma fantastique, notamment Barbara Crampton, revenue depuis quelques années au premier plan du genre, Larry Fessenden, Lisa Marie et Monte Markham. Le film commence comme une histoire de deuil relativement retenue avant de basculer progressivement vers une violence spectaculaire.
We Are Still Here reçoit un accueil critique très favorable et devient rapidement l’un des films d’horreur indépendants remarqués de 2015. Cette réussite transforme Geoghegan, jusque-là surtout connu à l’intérieur du milieu professionnel comme scénariste et publiciste, en réalisateur identifié par le public du cinéma de genre.
Une collaboration durable avec Larry Fessenden
Parmi les relations artistiques qui structurent son cinéma, celle avec Larry Fessenden est particulièrement importante. Acteur et réalisateur mais aussi fondateur de Glass Eye Pix, Fessenden appartient depuis longtemps à l’écosystème du fantastique indépendant new-yorkais.
Geoghegan le dirige dans We Are Still Here, puis le retrouve plusieurs fois au fil de sa carrière. Fessenden devient notamment l’un des personnages centraux de Brooklyn 45. Le réalisateur a raconté que leur première collaboration était née très simplement de leur fréquentation commune des festivals et du milieu de l’horreur indépendant.
Cette dimension communautaire traverse d’ailleurs une grande partie de sa filmographie : acteurs, producteurs et techniciens reviennent régulièrement d’un projet à l’autre, donnant à ses films le caractère d’une petite troupe évoluant dans le cinéma fantastique américain.
Mohawk, la guerre de 1812 transformée en film de survie
Pour son deuxième long métrage, Geoghegan prend une direction très différente. Mohawk, tourné en 2016 puis présenté en première mondiale au Festival Fantasia en 2017, se déroule en 1814 pendant la guerre de 1812. Il cosigne le scénario avec l’écrivain Grady Hendrix, futur auteur de nombreux romans d’horreur à succès.
Le film suit Okwaho, dite Oak, une jeune Mohawk interprétée par Kaniehtiio Horn, prise avec ses compagnons dans une confrontation meurtrière avec un groupe de soldats américains. La distribution comprend également Justin Rain, Eamon Farren, Ezra Buzzington, Noah Segan et Jonathan Huber.
Geoghegan cherche moins à réaliser un western historique traditionnel qu’un film de poursuite et d’horreur inscrit dans l’histoire coloniale américaine. Il utilise le cinéma de genre comme moyen d’aborder la violence exercée contre les populations autochtones et la manière dont la construction des États-Unis s’est accompagnée de conflits territoriaux et de massacres.
Le réalisateur souligne à cette occasion une conviction qui devient fondamentale dans son travail : l’horreur et le fantastique peuvent fonctionner comme un microscope social et politique, permettant d’aborder des sujets historiques ou contemporains sans renoncer aux mécanismes du cinéma populaire.
Kaniehtiio Horn et la perspective mohawk
Le choix de Kaniehtiio Horn, actrice mohawk, pour le personnage principal constitue un élément essentiel du projet. Geoghegan cherche à éviter un récit historique où les personnages autochtones ne seraient que les victimes périphériques d’une histoire racontée depuis le point de vue des soldats blancs.
Le film utilise également des dialogues en langue mohawk, ainsi qu’en anglais et en français québécois. Cette pluralité linguistique contribue à inscrire le récit dans un territoire traversé par différentes communautés plutôt que dans une représentation simplifiée de la frontière américaine.
Avec Mohawk, Geoghegan abandonne donc le cadre domestique et presque entièrement intérieur de We Are Still Here pour un récit physique tourné dans les forêts de l’État de New York. Mais les deux films partagent déjà une même idée : les morts et les violences du passé continuent d’agir sur ceux qui vivent après eux.
Satanic Panic et le retour au scénario
Après Mohawk, Geoghegan revient ponctuellement à l’écriture pour d’autres réalisateurs. Il est notamment crédité pour l’histoire de Satanic Panic, comédie horrifique réalisée par Chelsea Stardust et sortie en 2019.
Le film suit une livreuse de pizzas qui découvre que les riches habitants d’un quartier résidentiel pratiquent un rituel satanique et souhaitent l’utiliser comme sacrifice. Son mélange d’humour noir, de violence graphique et de satire sociale correspond à plusieurs préoccupations présentes dans le reste du travail de Geoghegan, même s’il n’en assure pas lui-même la réalisation.
Il continue parallèlement ses activités de producteur, consultant et publiciste, restant fortement impliqué dans le réseau du cinéma fantastique indépendant.
Historien passionné du cinéma
Geoghegan entretient également un intérêt marqué pour l’histoire du cinéma, qui dépasse la simple accumulation de références dans ses films. En 2020, durant l’interruption d’une grande partie des activités cinématographiques provoquée par la pandémie, il crée le projet audio This Is Not a Story About….
Le principe consiste à partir d’une personnalité ou d’un sujet très connu, Walt Disney ou Bruce Lee, par exemple, pour conduire l’auditeur vers une histoire cinématographique beaucoup moins célèbre. Un épisode consacré en apparence à Bruce Lee devient ainsi un récit sur l’acteur hongkongais Alexander Fu Sheng, tandis qu’un autre utilise Disney pour raconter l’histoire d’Oswald the Lucky Rabbit.
Cette activité d’historien éclaire également ses longs métrages : Mohawk et Brooklyn 45 ne choisissent pas leur époque simplement pour son esthétique. Geoghegan s’intéresse précisément aux zones du passé américain où l’histoire officielle, les souvenirs individuels et les récits populaires entrent en conflit.
Brooklyn 45, un huis clos né d’une scène de We Are Still Here
Après plusieurs années sans réaliser de long métrage, Geoghegan revient derrière la caméra avec Brooklyn 45. Le film est présenté en première mondiale dans la section Midnighters de SXSW le 12 mars 2023, puis distribué par Shudder.
L’idée trouve son origine dans une petite scène de séance spirite de We Are Still Here. Geoghegan raconte que des spectateurs lui parlaient régulièrement de ce moment, appréciant particulièrement de voir des personnages d’âge mûr confrontés soudainement à une manifestation susceptible de remettre en cause toutes leurs convictions. Il plaisantait alors en disant que son prochain film serait entièrement consacré à une séance. L’idée finit par devenir réalité.
L’action de Brooklyn 45 se déroule le 27 décembre 1945, quelques mois seulement après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cinq amis, pour la plupart anciens militaires, se réunissent dans un appartement de Brooklyn. Leur hôte, le lieutenant-colonel Clive « Hock » Hockstatter, interprété par Larry Fessenden, tente de contacter l’esprit de son épouse récemment morte.
La soirée bascule lorsque la séance semble fonctionner et que les secrets liés à la guerre commencent à remonter à la surface.
Un scénario écrit avec son père
Brooklyn 45 possède une dimension profondément personnelle car Geoghegan élabore le scénario avec l’aide de son père, Michael Geoghegan, vétéran de l’US Air Force devenu professeur d’histoire américaine. Handicapé et quadriplégique, celui-ci apporte à son fils des corrections détaillées concernant les grades militaires, les campagnes auxquelles les personnages auraient pu participer et la manière dont des anciens combattants de cette génération se seraient exprimés.
Lorsque Ted Geoghegan lui envoie une première partie du scénario, son père relève de nombreuses incohérences historiques et militaires. Les deux hommes échangent ensuite plusieurs versions pendant plusieurs mois. Cette collaboration finit par transformer la structure même du film.
En janvier 2019, après avoir lu une nouvelle version, Michael Geoghegan appelle son fils pour lui dire qu’ils ont enfin trouvé le bon scénario. Il meurt le lendemain. Cette conversation est la dernière qu’ils auront ensemble. Ted Geoghegan dédie finalement le film à son père.
Cette origine donne un sens supplémentaire au motif de la séance : derrière l’histoire de personnages cherchant à parler aux morts se trouve un film réellement construit autour d’un dialogue interrompu entre le réalisateur et son propre père.
Les fantômes de la Seconde Guerre mondiale
Le surnaturel de Brooklyn 45 fonctionne moins comme une fin en soi que comme un moyen de confronter les personnages aux compromissions de la guerre. Anne Ramsay, Ron E. Rains, Jeremy Holm, Ezra Buzzington, Kristina Klebe et Larry Fessenden composent l’essentiel de la distribution.
Geoghegan utilise la date de décembre 1945 pour s’intéresser à un moment intermédiaire : la guerre est officiellement terminée, mais les personnages n’ont pas encore appris à revenir à une existence civile. Certains restent prisonniers de la logique selon laquelle l’ennemi doit être identifié, jugé et détruit. La présence d’une voisine allemande, Hildegard Baumann, devient alors le révélateur de leurs préjugés et de leur incapacité à distinguer culpabilité, nationalité et vengeance.
Le huis clos permet ainsi au film de glisser progressivement de l’histoire de fantômes vers un drame consacré à la culpabilité, la paranoïa, l’antisémitisme, l’homophobie, la xénophobie et les traumatismes de guerre.
Une esthétique volontairement théâtrale
Contrairement à Mohawk, presque entièrement construit autour du déplacement et de la poursuite, Brooklyn 45 reste essentiellement enfermé dans une seule pièce. Le film est tourné sur un plateau près de Chicago, où l’équipe reconstruit l’intérieur du brownstone new-yorkais.
Geoghegan exploite cette contrainte comme une qualité : déplacements des acteurs, changements de rapports de force et révélations deviennent plus importants que la multiplication des lieux. La séance spirite fournit la structure initiale, mais le film se rapproche progressivement d’une pièce de théâtre où chaque personnage doit justifier ce qu’il a fait pendant la guerre.
Le réalisateur conserve cependant son goût pour les effets pratiques et la violence physique, déjà très visible dans We Are Still Here. Le surnaturel ne reste donc jamais entièrement abstrait : les corps finissent eux aussi par porter les conséquences des fautes du passé.
Une nomination aux Saturn Awards
La réception de Brooklyn 45 confirme la progression critique de Geoghegan. Le film bénéficie notamment d’éloges pour sa distribution et pour son mélange entre drame historique et surnaturel. Variety souligne le caractère de drame de chambre de l’œuvre, tandis que plusieurs critiques mettent particulièrement en avant les interprétations d’Anne Ramsay et Larry Fessenden.
Le film est ensuite nommé aux Saturn Awards parmi les films indépendants, reconnaissance importante pour un réalisateur dont la carrière s’est précisément développée presque entièrement en dehors des grands studios.
Producteur de Molli and Max in the Future
Geoghegan continue en parallèle à soutenir le travail d’autres cinéastes. Il figure notamment parmi les producteurs de Molli and Max in the Future de Michael Lukk Litwak, comédie romantique de science-fiction sortie en 2023.
Le projet, très différent visuellement de ses propres films d’horreur, correspond néanmoins à son attachement ancien au cinéma indépendant de genre : utiliser les codes de la science-fiction, de l’horreur ou du fantastique pour fabriquer des œuvres peu coûteuses mais très personnelles.
Un cinéaste situé entre création et communauté du genre
La singularité de Ted Geoghegan tient en partie à ce qu’il n’a jamais occupé une seule fonction dans l’industrie. Scénariste de séries B européennes, producteur de films underground, attaché de presse, programmateur informel, historien du cinéma puis réalisateur, il a construit sa carrière à l’intérieur même de la communauté du cinéma fantastique indépendant.
Cette expérience explique probablement l’importance qu’il accorde aux acteurs et collaborateurs issus de ce milieu. Barbara Crampton, Larry Fessenden, Kaniehtiio Horn, Ezra Buzzington, Kristina Klebe ou le producteur Travis Stevens appartiennent tous à différents réseaux du genre que Geoghegan connaissait avant ou entre ses propres réalisations.
Ses trois principaux longs métrages de réalisateur paraissent très différents, maison hantée avec We Are Still Here, western de survie avec Mohawk, séance spirite en huis clos avec Brooklyn 45, mais ils reposent sur une idée commune. Chez Geoghegan, le passé n’est jamais réellement terminé : une maison conserve les crimes commis par une communauté, une forêt porte la violence coloniale, et un salon de Brooklyn enferme encore les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale.
C’est cette utilisation de l’horreur comme forme d’histoire hantée qui donne finalement sa cohérence à son travail de réalisateur : les fantômes y existent parfois littéralement, mais ils représentent presque toujours des responsabilités que les vivants n’ont pas encore réussi à reconnaître.
Filmographie
4 sur 4 films