Stuart Gordon

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Biographie

Stuart Alan Gordon, né le 11 août 1947 à Chicago et mort le 24 mars 2020 à Los Angeles, est un réalisateur, scénariste, producteur et metteur en scène américain. D’abord figure du théâtre expérimental de Chicago, il devient dans les années 1980 l’un des noms majeurs du cinéma d’horreur indépendant grâce à Re-Animator, avant de poursuivre une œuvre mêlant fantastique, science-fiction, humour noir et adaptations de H. P. Lovecraft.

Du théâtre expérimental à l’Organic Theater Company

Stuart Gordon grandit à Chicago et étudie à l’University of Wisconsin–Madison. N’ayant pas pu intégrer les cours de cinéma qu’il souhaitait suivre, il s’oriente vers le théâtre. À la fin des années 1960, il fonde une première troupe, le Screw Theater, dont les productions provocatrices attirent rapidement l’attention. Une adaptation antimilitariste de Peter Pan en 1968 conduit notamment à son arrestation, ainsi qu’à celle de celle qui deviendra son épouse, Carolyn Purdy ; les poursuites sont ensuite abandonnées.

En 1969, Gordon et Carolyn Purdy fondent l’Organic Theater Company, qui s’installe ensuite à Chicago. Gordon en demeure le directeur artistique jusqu’en 1985 et y dirige plusieurs dizaines de créations et d’adaptations. La compagnie devient un élément important de la scène théâtrale alternative locale.

Sous sa direction, l’Organic Theater présente notamment la première mondiale de Sexual Perversity in Chicago de David Mamet en 1974, ainsi que Bleacher Bums, conçu par Joe Mantegna. La troupe compte au fil du temps parmi ses interprètes Joe Mantegna, Dennis Franz, Meshach Taylor et Tom Towles.

Re-Animator et la rencontre avec Lovecraft

Gordon passe au cinéma avec Re-Animator, sorti en 1985. Inspiré librement de Herbert West–Reanimator de H. P. Lovecraft, le film met en scène Jeffrey Combs dans le rôle d’Herbert West, étudiant en médecine obsédé par la possibilité de ramener les morts à la vie. Barbara Crampton et Bruce Abbott complètent notamment la distribution.

Le film associe gore très graphique, humour macabre et énergie de comédie noire. Il devient rapidement une œuvre culte et installe Gordon dans le cinéma de genre américain. Son goût pour Lovecraft ne se limite pas à ce premier long métrage : l’écrivain devient l’une des principales sources littéraires de sa filmographie.

Dès 1986, Gordon retrouve Jeffrey Combs et Barbara Crampton pour From Beyond, nouvelle adaptation libre de Lovecraft. Le récit suit des scientifiques ayant construit une machine capable d’élargir les perceptions humaines et d’ouvrir l’accès à des créatures provenant d’une autre dimension.

Dolls, Robot Jox et Fortress

Après ces deux premiers films, Stuart Gordon réalise Dolls en 1987, conte horrifique dans lequel les jouets d’une demeure isolée prennent vie. Il s’éloigne ensuite temporairement de Lovecraft pour explorer une science-fiction plus spectaculaire avec Robot Jox, consacré à des combats de robots géants pilotés par des humains.

En 1991, il adapte Edgar Allan Poe avec The Pit and the Pendulum. L’écrivain constitue une autre influence durable de Gordon, qui reviendra à son œuvre plusieurs années plus tard pour un épisode de Masters of Horror.

Il dirige ensuite Fortress en 1992, film de science-fiction carcérale avec Christopher Lambert. Sa filmographie des années 1990 comprend également Castle Freak, Space Truckers et The Wonderful Ice Cream Suit, ce dernier adapté par Ray Bradbury à partir de sa propre pièce.

Une contribution inattendue à Chérie, j’ai rétréci les gosses

La carrière de Gordon ne se limite pas au cinéma d’horreur. Avec Brian Yuzna et Ed Naha, il participe à la conception de l’histoire qui donnera naissance au film Disney Honey, I Shrunk the Kids (Chérie, j’ai rétréci les gosses), sorti en 1989. Le film familial, très éloigné de l’univers gore de Re-Animator, devient l’un des plus grands succès commerciaux associés à un projet auquel il a contribué.

Cette diversité se retrouve tout au long de sa carrière. Gordon peut passer d’une production de science-fiction à un thriller réaliste ou à une adaptation théâtrale, tout en conservant un intérêt marqué pour les personnages poussés vers des situations extrêmes.

Le retour récurrent à Lovecraft

En 1995, Gordon réalise Castle Freak, avec Jeffrey Combs et Barbara Crampton. Bien que le film prenne d’importantes libertés avec son inspiration littéraire, il est généralement rattaché à l’univers de Lovecraft et confirme la collaboration durable entre Gordon et plusieurs acteurs de Re-Animator.

Il réalise ensuite Dagon en 2001, qui s’inspire principalement de The Shadow over Innsmouth malgré son titre emprunté à une autre nouvelle de Lovecraft. Gordon revient encore à l’auteur dans la série anthologique Masters of Horror, avec l’épisode Dreams in the Witch-House.

Cette relation à Lovecraft devient l’une des marques les plus reconnaissables de son œuvre. Gordon ne cherche toutefois pas à transposer littéralement les textes : ses films accentuent fréquemment l’humour noir, la sexualité, les transformations corporelles et les effets gore.

Une collaboration durable avec David Mamet

Les liens noués au théâtre avec David Mamet se prolongent également au cinéma. En 2005, Gordon réalise Edmond, adaptation de la pièce de Mamet avec William H. Macy dans le rôle principal. Le film suit la dérive violente d’un homme qui abandonne brutalement sa vie ordinaire.

Deux ans plus tard, Gordon signe son dernier long métrage, Stuck, avec Mena Suvari et Stephen Rea. Inspiré d’un fait divers, le film raconte les conséquences d’un accident au cours duquel une automobiliste laisse sa victime coincée dans son pare-brise plutôt que de lui venir en aide.

Gordon revient parallèlement au théâtre et transforme son œuvre la plus célèbre en Re-Animator: The Musical, spectacle qu’il coécrit et met en scène. La production reprend volontairement le caractère excessif du film, notamment avec des projections de faux sang jusque dans le public.

Mort et héritage

Stuart Gordon meurt le 24 mars 2020, à l’âge de 72 ans, des suites d’une défaillance multiviscérale. Il laisse son épouse et collaboratrice Carolyn Purdy-Gordon, ainsi que leurs trois filles.

Son parcours reste singulier par le passage continu entre théâtre expérimental et cinéma de genre. De l’Organic Theater de Chicago à Re-Animator, From Beyond ou Dagon, Gordon a développé une œuvre où le grotesque, l’humour et l’horreur corporelle se rejoignent fréquemment. Plusieurs de ses films sont devenus des classiques cultes, et son influence demeure particulièrement visible dans le cinéma fantastique indépendant.

Filmographie

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