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Film Index

Shin Sang-ok

Réalisation Production Écriture

Nationalité
 Corée du Sud
Mort
11 avril 2006
Âge
79 ans
Autre nom
신상옥
Filmographie
3 films

Biographie

Shin Sang-ok, né le 11 octobre 1926 à Chongjin, en Corée alors sous domination japonaise, et mort le 11 avril 2006 à Séoul, en Corée du Sud, est un réalisateur, producteur et scénariste sud-coréen. Figure majeure du cinéma coréen des années 1950 et 1960, il fonde la société Shin Films et réalise plus de 70 longs métrages. Son parcours est également marqué par son enlèvement en 1978 par les services nord-coréens, qui le contraignent à travailler pour l’industrie cinématographique de Kim Jong-il jusqu’à son évasion en 1986.

Une formation artistique entre le Japon et la Corée

Né sous le nom de Shin Tae-seo, Shin Sang-ok grandit pendant la période de colonisation japonaise de la péninsule coréenne. Il s’intéresse jeune aux arts visuels et part étudier la peinture à Tokyo, où il fréquente une école des beaux-arts. Il y découvre notamment les œuvres de Charlie Chaplin et de Sergueï Eisenstein, dont les films comptent parmi ses premières références cinématographiques.

Après la libération de la Corée en 1945, il se forme aux métiers du cinéma auprès du réalisateur Choi In-kyu, l’un des principaux techniciens de l’industrie cinématographique coréenne de cette période. Il accorde une importance particulière au montage, qu’il considère comme une compétence fondamentale pour maîtriser la construction et le rythme d’un film.

Son premier long métrage en tant que réalisateur, The Evil Night (Agnya, 1952), est consacré à une prostituée fréquentant des soldats étrangers. Le tournage, effectué en 16 mm, est interrompu par la guerre de Corée. L’équipe se replie à Daegu pour achever le film, qui est ensuite présenté à Busan.

Au cours des années suivantes, Shin Sang-ok adapte plusieurs récits littéraires coréens, notamment Dream (1955), inspiré d’une œuvre de l’écrivain Yi Kwang-su. Sa rencontre avec l’actrice Choi Eun-hee, en 1953, devient également déterminante pour son activité professionnelle. Ils travaillent ensemble sur Korea (1954) et se marient au cours de cette période.

Shin Films et le développement d’une industrie cinématographique

À partir de la fin des années 1950, Shin Sang-ok développe une activité de producteur qui dépasse ses propres réalisations. Sa société Shin Films devient l’une des entreprises les plus importantes du cinéma sud-coréen. Elle assure la production de nombreux longs métrages et emploie des équipes techniques permanentes, dans un secteur qui connaît une expansion importante après la guerre de Corée.

Le succès de A College Woman’s Confession (1958) lui permet de consolider son activité commerciale. Il réalise également A Flower in Hell (1958), dont l’action se déroule dans le milieu de la prostitution autour des bases militaires américaines. Le film met notamment en scène Choi Eun-hee et Kim Hak, et aborde les conséquences sociales de la présence militaire étrangère.

Avec Seong Chunhyang (1961), Shin Sang-ok participe au développement du cinéma coréen en couleurs et au format CinemaScope. Adapté du récit traditionnel de Chunhyang, le film met en vedette Choi Eun-hee. Il sort la même année qu’une autre adaptation de cette histoire réalisée par Hong Seong-ki, avec l’actrice Kim Ji-mee.

Cette concurrence entre deux productions importantes attire l’attention du public. Seong Chunhyang est projeté pendant 75 jours et attire plusieurs centaines de milliers de spectateurs à Séoul. Sa réussite commerciale contribue directement à l’expansion de Shin Films.

La société développe ensuite ses propres installations et multiplie les productions. Shin Sang-ok supervise également des coproductions avec des entreprises de Hong Kong, notamment dans le domaine des films historiques et des spectacles en costumes. Shin Films produit plus de 200 films entre les années 1950 et 1970.

Cette activité industrielle subit cependant les conséquences du contrôle exercé par les autorités sud-coréennes. Sous la présidence de Park Chung-hee, l’industrie cinématographique est soumise à une réglementation stricte et à la censure. En 1975, Shin Films perd son autorisation d’exploitation, ce qui met fin à l’activité de la société sous sa forme précédente.

La reconnaissance artistique et les grandes distinctions coréennes

Le travail de Shin Sang-ok reçoit plusieurs récompenses au cours des années 1960, notamment lors des Grand Bell Awards, principales distinctions du cinéma sud-coréen.

Son film Mother and a Guest (Sarangbang Sonnimgwa Eomeoni, 1961), adapté d’une nouvelle de Chu Yo-seop, raconte la relation entre une veuve et un homme hébergé dans sa maison, à travers le regard de sa jeune fille. Choi Eun-hee y interprète le rôle principal, aux côtés de Kim Jin-kyu. Le film reçoit le prix du meilleur film au Festival du cinéma Asie-Pacifique en 1962. Shin Sang-ok obtient également le Grand Bell Award du meilleur réalisateur.

Les récompenses se poursuivent avec Prince Yeonsan, consacré au souverain coréen Yeonsangun. Le film remporte le Grand Bell Award du meilleur film lors de la première cérémonie, en 1962. Sa reconstitution historique bénéficie de décors importants et d’une photographie en couleurs destinée au grand écran.

Shin Sang-ok reçoit un nouveau prix du meilleur réalisateur aux Grand Bell Awards en 1965 pour Deaf Sam-yong (Beongeori Sam-ryong), adaptation d’une nouvelle de Na Do-hyang. Il est de nouveau distingué dans cette catégorie en 1968, pour Prince Daewon, consacré à une figure politique de la dynastie Joseon.

Sa réalisation de Bound by Chastity Rule (Yeollyeomun, 1962) lui apporte également une reconnaissance internationale. Le film, consacré aux contraintes sociales imposées aux veuves dans la société coréenne traditionnelle, est présenté au Festival international du film de Berlin. Cette production reçoit aussi le Grand Bell Award du meilleur film en 1963.

L’enlèvement organisé par Kim Jong-il

En janvier 1978, l’actrice Choi Eun-hee, dont Shin Sang-ok est alors divorcé, se rend à Hong Kong pour des activités professionnelles. Elle y est enlevée par des agents nord-coréens et transférée clandestinement en Corée du Nord. Sa disparition conduit le réalisateur à se rendre lui-même à Hong Kong pour tenter de la retrouver.

En juillet 1978, Shin Sang-ok est à son tour enlevé et conduit en Corée du Nord. L’opération a été organisée sous l’autorité de Kim Jong-il, fils du dirigeant Kim Il-sung, qui supervise alors une grande partie de la politique culturelle et de la production cinématographique nord-coréennes.

Les deux artistes sont détenus séparément pendant plusieurs années. Shin Sang-ok tente à deux reprises de s’évader. Après ces tentatives, il est emprisonné et soumis à un programme de rééducation politique. Il passe plus de deux ans en détention avant d’être autorisé à reprendre une activité cinématographique.

En 1983, il retrouve Choi Eun-hee lors d’une réception organisée à Pyongyang en présence de Kim Jong-il. Les anciens époux reprennent leur collaboration professionnelle et se remarient pendant leur captivité.

Kim Jong-il leur confie la création de productions destinées à améliorer la réputation internationale du cinéma nord-coréen. Shin Sang-ok bénéficie alors de moyens financiers et techniques importants, tout en restant sous le contrôle des autorités. Avec Choi Eun-hee, il dirige une nouvelle structure de production inspirée de son ancienne entreprise sud-coréenne.

Une activité cinématographique sous surveillance en Corée du Nord

Entre 1983 et 1986, Shin Sang-ok réalise sept films et en produit une vingtaine en Corée du Nord. Parmi ses réalisations figure An Emissary of No Return (1984), consacré à un émissaire coréen envoyé à la conférence internationale de La Haye de 1907. Le film est présenté au Festival international du film de Karlovy Vary, où le réalisateur reçoit un prix de mise en scène.

Sa collaboration avec Choi Eun-hee se poursuit avec Salt (1985), drame situé pendant l’occupation japonaise de la Corée. L’actrice y interprète une mère confrontée aux bouleversements politiques et aux difficultés de la vie rurale. Sa prestation est récompensée par le prix de la meilleure actrice au Festival international du film de Moscou en 1985.

L’une des productions les plus singulières de cette période est Pulgasari (1985), film fantastique inspiré d’une légende coréenne. Le récit met en scène une créature gigantesque qui se nourrit de métal et intervient dans une révolte paysanne contre un souverain tyrannique.

Pour les effets spéciaux de Pulgasari, Shin Sang-ok travaille avec une équipe japonaise spécialisée dans les films de monstres, dont le technicien Teruyoshi Nakano, connu pour sa participation à plusieurs productions de la série Godzilla. Le film utilise des maquettes et un costume de créature géante pour réaliser les scènes de destruction.

La production est achevée peu avant la fuite du réalisateur. Après son départ de Corée du Nord, Pulgasari cesse d’être diffusé publiquement dans le pays. Il est notamment présenté au Japon en 1998, où il attire l’attention sur les conditions particulières de sa réalisation.

L’évasion de Vienne et l’exil américain

Le 13 mars 1986, Shin Sang-ok et Choi Eun-hee profitent d’un déplacement professionnel à Vienne, en Autriche, pour échapper à leurs accompagnateurs nord-coréens. Ils rejoignent l’ambassade des États-Unis, où ils demandent une protection diplomatique.

Les autorités américaines prennent en charge les deux artistes, qui obtiennent l’asile politique. Leur fuite met fin à près de huit années de captivité. Ils s’installent ensuite aux États-Unis, où ils vivent pendant plusieurs années sous la protection des services américains.

Pendant leur séjour en Corée du Nord, Shin Sang-ok et Choi Eun-hee avaient enregistré clandestinement plusieurs conversations avec Kim Jong-il. Ces bandes permettent de documenter leurs relations avec le dirigeant nord-coréen et les circonstances de leur activité cinématographique à Pyongyang.

Le couple publie également un récit autobiographique consacré à son enlèvement et à ses années de détention. Les enregistrements sonores et les photographies de cette période sont ensuite utilisés dans plusieurs enquêtes historiques.

En 2016, leur histoire fait l’objet du documentaire britannique The Lovers and the Despot, réalisé par Ross Adam et Robert Cannan. Le film rassemble des témoignages de Choi Eun-hee, des archives audiovisuelles et des enregistrements clandestins effectués pendant leur captivité.

Une carrière américaine et une reconnaissance à Cannes

Installé aux États-Unis, Shin Sang-ok reprend une activité de réalisateur et de producteur sous le nom professionnel de Simon Sheen. Il participe notamment au développement de films destinés au jeune public américain.

Il produit 3 Ninjas (1992), réalisé par Jon Turteltaub, qui raconte les aventures de trois frères initiés aux arts martiaux par leur grand-père. Le film rencontre un succès commercial et donne naissance à plusieurs suites.

Shin Sang-ok réalise lui-même 3 Ninjas Knuckle Up, produit en 1994 et distribué en 1995. Cette production lui permet de travailler avec les conventions du cinéma familial américain, en utilisant des scènes d’arts martiaux et des situations comiques.

Il retourne également à la réalisation de films coréens. En 1994, il présente Vanished, consacré à des événements politiques survenus sous le régime de Park Chung-hee. Le film est sélectionné pour une projection spéciale au Festival de Cannes, où Shin Sang-ok siège la même année au jury de la compétition officielle, présidé par Clint Eastwood.

Il poursuit son activité de producteur avec Galgameth (1996), film fantastique américain réalisé par Sean McNamara. L’histoire reprend certains éléments du récit de Pulgasari, notamment la présence d’une créature capable de grandir en consommant du métal.

Les distinctions nationales et la préservation de son œuvre

Dans les dernières années de sa vie, Shin Sang-ok retrouve une place dans les institutions cinématographiques sud-coréennes. En 2001, il reçoit une distinction honorifique lors du Festival international du film de Busan, où une cérémonie d’empreintes de mains rend hommage à plusieurs grandes personnalités du cinéma.

Son œuvre fait progressivement l’objet de restaurations et de rééditions. La Korean Film Archive entreprend notamment de préserver plusieurs de ses productions des années 1960, dont les négatifs et les copies originales présentent parfois des problèmes de conservation.

Shin Sang-ok meurt le 11 avril 2006, à l’âge de 79 ans, à Séoul, des suites de complications survenues après une transplantation du foie.

À titre posthume, le gouvernement sud-coréen lui décerne la médaille culturelle de la Couronne d’or (Geumgwan), la plus haute distinction culturelle du pays.

En 2007, la Korean Film Archive publie une collection de cinq films restaurés, comprenant notamment A Romantic Papa et Mother and a Guest. L’édition s’accompagne d’un documentaire consacré au réalisateur et d’entretiens avec d’anciens collaborateurs, dont le producteur Hwang Nam.

Filmographie

  • Ninja Kids 3 : Les 3 Ninjas se révoltent
    Tout public

    Tumulte dans la réserve indienne ! Une bande de spéculateurs impitoyables convoite les terres des Indiens. Jo, la fille du chef, dont le père a été pris en otage, se tourne désespérément vers les trois petits ninjas. Colt, Rocky et Tum Tum s’arment de frondes, d’arbalètes et maîtrisent les techniques de combat contre les impitoyables requins terrestres. Mais leur riposte est si impitoyable que même Grand-père reprend le combat…

    1995 1h25 Réalisateur Producteur exécutif

  • Ninja Kids 2 : Les 3 Ninjas contre-attaquent
    Tout public

    Finale de baseball ou combat pour le titre de champion de karaté en Extrême-Orient ? Les trois petits ninjas décident de rester. Grand-père doit partir seul au Japon. Mais bientôt, Colt, Rocky et Tum Tum auront besoin de tous les tours que le vieil homme leur a appris. Grand-père est à l’hôpital à Tokyo, blessé par des gangsters. Les trois ninjas se précipitent vers lui. Sumo, karaté, lancer d’étoiles et battes les attendent déjà…

    1994 1h30 Producteur exécutif Scénariste

  • Pulgasari
    Tout public

    Corée du XIVe siècle : le peuple, mécontent de son roi et de la monarchie, se prépare à la rébellion. Des groupes rebelles sillonnent les montagnes, attaquant les troupes royales. Menés par le jeune Inde, ils sont faits prisonniers lorsqu’il attaque un détachement plus important par désespoir. Son maître, le forgeron Takse, meurt en captivité, mais avant de mourir, il façonne une petite figurine qu’il offre à sa fille. Au contact du sang, la figurine s’anime et prend le nom de Pulgasari. La petite créature se nourrit de fer, mais cela a pour effet secondaire de la faire grandir à chaque repas. Bientôt, le petit animal de compagnie devient un monstre gigantesque, invincible par tous et par tous…

    1986 1h35 Réalisateur Producteur