Sergei Yutkevich
- Réalisation
- Écriture
Biographie
- Nationalité
- Né le
- 15 août 1904 à Saint-Pétersbourg (Russie)
- Décédé le
- 24 avril 1985
- Âge
- 80 ans
- Autres noms
-
- Сергей Иосифович Юткевич
- Sergei Iosifovich Yutkevich
- Récompenses
- 3 nominations pour 3 victoires
- Filmographie
- 3 films
Sergei Iosifovich Yutkevich est un réalisateur, scénariste, théoricien du cinéma et metteur en scène soviétique né le 28 décembre 1904 à Saint-Pétersbourg, dans l’Empire russe, et mort le 23 avril 1985 à Moscou. Figure de l’avant-garde soviétique des années 1920 avant de devenir réalisateur de grandes productions historiques, il reçoit à deux reprises un prix de mise en scène au Festival de Cannes et obtient les titres d’Artiste du peuple de l’URSS en 1962 et de Héros du travail socialiste en 1974.
Meyerhold et l’avant-garde de la FEKS
Très jeune, Sergei Yutkevich pratique le théâtre de marionnettes avant de se former à Moscou. Entre 1921 et 1923, il étudie notamment auprès de Vsevolod Meyerhold, dont les recherches sur le mouvement, la stylisation scénique et le jeu de l’acteur comptent parmi les expériences majeures du théâtre soviétique de l’époque. Cette formation accompagne son intérêt précoce pour le cirque, le music-hall et les formes spectaculaires populaires.
Il participe ensuite à la fondation de la Fabrique de l’acteur excentrique, connue sous l’acronyme FEKS, avec Grigori Kozintsev, Leonid Trauberg et d’autres jeunes artistes de Petrograd. Le collectif cherche à renouveler le jeu et la mise en scène par des emprunts au cinéma burlesque américain, au cirque et aux attractions de music-hall. Sergei Yutkevich appartient ainsi à la génération qui aborde le cinéma soviétique après la révolution en l’associant directement aux expérimentations plastiques et théâtrales.
Il commence à réaliser à la fin des années 1920. Dentelles, sorti en 1928, compte parmi ses premiers longs métrages. Ses films suivants comprennent Montagnes d’or et Contre-plan, ce dernier coréalisé avec Fridrikh Ermler et Lev Arnshtam. Dmitri Chostakovitch travaille à la musique de certaines productions auxquelles Sergei Yutkevich est associé, collaboration qui appartient aux liens durables du cinéaste avec les arts de la scène et la musique soviétique.
L’histoire révolutionnaire et la figure de Lénine
À partir de la fin des années 1930, Sergei Yutkevich consacre plusieurs films à l’histoire révolutionnaire. Dans L’Homme au fusil, sorti en 1938, il met en scène les événements de 1917 autour d’un soldat confronté à la révolution et fait de Vladimir Lénine un personnage dramatique à part entière. Maksim Shtraukh, collaborateur régulier du réalisateur, incarne Lénine.
Le cinéaste poursuit cette veine avec Yakov Sverdlov en 1940 puis revient à Lénine dans plusieurs œuvres ultérieures. Récits sur Lénine, réalisé en 1957, précède Lénine en Pologne, consacré à la période passée par le dirigeant révolutionnaire dans les territoires polonais de l’Empire austro-hongrois à la veille de la Première Guerre mondiale. Sergei Yutkevich cosigne le scénario de ce dernier film avec Evgueni Gabrilovitch.
Cette relation au personnage se prolonge jusque dans l’une de ses dernières réalisations, Lénine à Paris. Sorti au début des années 1980, le film revient sur les années françaises de Lénine et associe une nouvelle fois le travail de Sergei Yutkevich au récit biographique et à l’histoire du mouvement révolutionnaire.
Othello et la reconnaissance cannoise
L’adaptation de Shakespeare occupe une place particulière dans son œuvre. Sergei Yutkevich souhaitait porter Othello à l’écran depuis les années 1930, mais le projet n’aboutit qu’au milieu des années 1950. Il confie le rôle-titre à Sergei Bondartchouk et celui de Desdémone à Irina Skobtseva. Le film est achevé en 1955 puis présenté au Festival de Cannes l’année suivante.
Lors du Festival de Cannes 1956, Othello vaut à Sergei Yutkevich le Prix international de la meilleure réalisation. Le palmarès officiel place alors son film aux côtés de la Palme d’or attribuée au Monde du silence de Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle et du Prix spécial du jury décerné au Mystère Picasso d’Henri-Georges Clouzot.
Dix ans plus tard, Sergei Yutkevich obtient de nouveau le prix de la mise en scène à Cannes pour Lénine en Pologne. Il devient ainsi l’un des réalisateurs soviétiques les plus régulièrement distingués par le festival durant cette période.
Mayakovski, animation et recherche formelle
La carrière de Sergei Yutkevich ne se limite pas aux biographies historiques. Dans Un sujet pour une petite nouvelle, réalisé en 1969, il s’intéresse à Anton Tchekhov et à la création littéraire. Quelques années plus tard, il consacre à Vladimir Maïakovski un projet qui lui permet de renouer directement avec les recherches visuelles de ses débuts.
Mayakovsky Laughs, réalisé dans les années 1970, mêle prises de vues réelles et animation. Le film s’appuie sur l’univers satirique du poète et sur différentes formes graphiques, retrouvant par d’autres moyens le goût pour le collage, la caricature et la stylisation qui avait accompagné la période de la FEKS.
Sergei Yutkevich exerce également une activité institutionnelle importante. Il siège au jury du Festival international du film de Moscou en 1959 et 1961, puis en préside le jury en 1967. Ces responsabilités s’ajoutent à son travail de réalisateur, de théoricien et d’enseignant au sein de la culture cinématographique soviétique.
Décorations et dernières années
La reconnaissance officielle de Sergei Yutkevich accompagne les dernières décennies de sa carrière. Il reçoit le titre d’Artiste du peuple de l’URSS en 1962, puis celui de Héros du travail socialiste en 1974, l’une des plus hautes distinctions civiles soviétiques.
Son activité cinématographique se poursuit jusqu’au début des années 1980 avec Lénine à Paris, coréalisé avec Leonid Eidlin. Il meurt à Moscou le 23 avril 1985, à l’âge de 80 ans, après une carrière commencée dans les expériences théâtrales et cinématographiques de l’avant-garde soviétique des années 1920.
Filmographie
3 sur 3 films