Samuel Goldwyn Jr.

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Biographie

Samuel John Goldwyn Jr., né le 7 septembre 1926 à Los Angeles et mort le 9 janvier 2015 dans la même ville, est un producteur, distributeur et, occasionnellement, réalisateur américain.

Fils du légendaire producteur Samuel Goldwyn, il parvient à construire une identité professionnelle distincte en devenant l’une des figures importantes du cinéma indépendant américain. Producteur de Man with the Gun, The Proud Rebel, Cotton Comes to Harlem, The Preacher’s Wife et Master and Commander: The Far Side of the World, il dirige également The Young Lovers et développe avec The Samuel Goldwyn Company un réseau de distribution qui contribue à faire connaître aux États-Unis des cinéastes comme Kenneth Branagh, Anthony Minghella et Ang Lee.

Grandir dans l’ombre de Samuel Goldwyn

Samuel Goldwyn Jr. naît au cœur même du Hollywood classique. Son père, Samuel Goldwyn, né Szmuel Gelbfisz en Europe centrale, est l’un des grands producteurs indépendants de l’histoire du cinéma américain, associé notamment à Wuthering Heights, The Best Years of Our Lives et The Bishop’s Wife. Sa mère, Frances Howard, avait elle-même été actrice avant son mariage.

L’enfance de Sam Jr. se déroule donc parmi les personnalités qui construisent la mythologie hollywoodienne. Charlie Chaplin, Katharine Hepburn, Clark Gable ou le réalisateur George Cukor font partie des visiteurs de la maison familiale. Mais le jeune Goldwyn découvre également très tôt l’envers financier de cette existence : son père, producteur indépendant plutôt que salarié d’un grand studio, pouvait hypothéquer sa maison pour financer ses films. Cette conscience du risque économique influencera profondément la façon dont son fils envisagera ensuite la production.

Il fréquente notamment la University of Virginia, puis sert dans l’armée américaine à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il travaille ensuite en Grande-Bretagne auprès de l’organisation cinématographique de J. Arthur Rank, avant de rejoindre à New York l’activité d’information de CBS, à l’époque d’Edward R. Murrow. Ce parcours lui permet d’apprendre le cinéma et les médias loin de l’entreprise paternelle avant de retourner à Los Angeles.

Refuser de simplement reprendre l’entreprise de son père

Le problème auquel Samuel Goldwyn Jr. est confronté dès ses débuts est évident : porter le même nom que l’un des producteurs les plus célèbres de Hollywood rend presque impossible toute carrière sans comparaison.

Il choisit pourtant de ne pas simplement travailler sous les ordres de son père. Il crée ses propres structures de production et développe des projets sur lesquels il peut exercer une véritable responsabilité. Son premier grand film comme producteur est le western Man with the Gun en 1955, réalisé par Richard Wilson et interprété par Robert Mitchum.

Goldwyn produit ensuite The Sharkfighters en 1956 puis The Proud Rebel en 1958, western de Michael Curtiz avec Alan Ladd et Olivia de Havilland. L’origine de ce dernier projet remonte à plusieurs années : encore très jeune, Goldwyn Jr. avait été séduit par une nouvelle de James Edward Grant et avait convaincu son père de lui en céder les droits afin de pouvoir développer lui-même le film.

Cette anecdote résume assez bien la relation professionnelle entre les deux générations : le fils bénéficie évidemment d’un environnement exceptionnel, mais cherche rapidement à posséder ses projets et à prendre lui-même les risques qui accompagnent leur production.

The Adventures of Huckleberry Finn et le passage à la réalisation

En 1960, Goldwyn produit The Adventures of Huckleberry Finn, adaptation du roman de Mark Twain réalisée par Michael Curtiz et portée par Eddie Hodges, Tony Randall, Archie Moore et Patty McCormack. Le film prolonge son intérêt pour un cinéma populaire de facture classique, construit autour de récits d’aventures et d’acteurs identifiables.

Il tente ensuite lui-même la réalisation avec The Young Lovers en 1964, drame sentimental réunissant Peter Fonda et Sharon Hugueny. Ce film restera son unique long métrage comme réalisateur. Il avait également réalisé des documentaires dans un contexte militaire, mais choisit pour l’essentiel de poursuivre sa carrière derrière les films comme producteur plutôt que derrière la caméra comme metteur en scène.

Le choix est révélateur : Goldwyn semble beaucoup plus intéressé par l’identification d’un projet, son financement, le choix des artistes et sa mise en circulation que par la construction d’une œuvre personnelle de réalisateur.

Cotton Comes to Harlem et une nouvelle génération de cinéma américain

En 1970, Samuel Goldwyn Jr. produit Cotton Comes to Harlem, réalisé par Ossie Davis d’après le roman de Chester Himes. Godfrey Cambridge et Raymond St. Jacques y incarnent les policiers Grave Digger Jones et Coffin Ed Johnson.

Le film appartient aux productions qui annoncent l’essor du cinéma afro-américain commercial des années 1970. Pour Goldwyn, il représente également un éloignement net des films plus traditionnels associés à ses débuts : son activité commence à s’orienter davantage vers des projets que les grandes compagnies ne placent pas nécessairement au centre de leurs stratégies.

Il produit ensuite Come Back, Charleston Blue en 1972, nouvelle adaptation de l’univers de Chester Himes. Peu à peu se dessine ainsi la spécialité qui deviendra essentielle dans la deuxième moitié de sa carrière : trouver un espace économique pour des films situés entre le cinéma d’auteur et le marché commercial traditionnel.

The Samuel Goldwyn Company, une véritable puissance indépendante

Après la mort de Samuel Goldwyn Sr. en 1974, Goldwyn Jr. développe The Samuel Goldwyn Company, qui devient progressivement une société importante de production et surtout de distribution indépendante. À son apogée, elle est considérée avec New Line Cinema et Miramax comme l’une des grandes entreprises indépendantes du marché américain.

Sa stratégie consiste moins à tenter de rivaliser directement avec les majors sur leurs superproductions qu’à chercher des films aux budgets plus contenus susceptibles d’intéresser un public cinéphile. Goldwyn avait appris de son père que la production indépendante exigeait avant tout de survivre aux échecs : il refusait donc, autant que possible, de miser l’existence entière de sa compagnie sur le succès d’un seul titre.

Cette prudence ne signifie pas conservatisme artistique. Au contraire, la société développe progressivement une réputation de découvreur et de passeur du cinéma indépendant et international.

Mystic Pizza et Julia Roberts

L’un de ses succès les plus populaires arrive avec Mystic Pizza en 1988. Réalisé par Donald Petrie, le film suit trois jeunes femmes travaillant dans une pizzeria d’une petite ville du Connecticut et réunit Annabeth Gish, Lili Taylor et une jeune Julia Roberts. Goldwyn en est producteur délégué et sa compagnie distribue le film.

Mystic Pizza devient surtout rétrospectivement célèbre comme l’un des films ayant véritablement lancé Julia Roberts avant Pretty Woman. Le Los Angeles Times et le Washington Post le citent parmi les réussites qui illustrent la capacité de Goldwyn à faire fonctionner commercialement des œuvres relativement modestes sans chercher à reproduire le modèle des grands studios.

La société distribue également Longtime Companion en 1989, l’un des premiers longs métrages américains diffusés largement à traiter directement de l’épidémie de sida et de ses conséquences sur un groupe d’amis homosexuels. Le choix confirme la volonté de Goldwyn de soutenir des sujets que les studios traditionnels considéraient encore comme difficiles.

Kenneth Branagh, Anthony Minghella et Ang Lee

L’importance de The Samuel Goldwyn Company dans l’histoire du cinéma indépendant tient particulièrement aux réalisateurs qu’elle accompagne au début de leur carrière internationale.

La société distribue aux États-Unis Henry V de Kenneth Branagh en 1989. Elle soutient ensuite Truly Madly Deeply d’Anthony Minghella, puis participe à la diffusion américaine des premiers grands films d’Ang Lee, The Wedding Banquet en 1993 et Eat Drink Man Woman en 1994.

À cette liste s’ajoutent des œuvres aussi diverses que La Femme Nikita de Luc Besson, Mississippi Masala de Mira Nair, Straight Out of Brooklyn, Go Fish, To Live de Zhang Yimou et The Secret of Roan Inish de John Sayles.

Ce catalogue montre que le rôle de Goldwyn dépasse largement celui de producteur au sens strict. Une partie importante de son influence réside dans son activité de distributeur, grâce à laquelle des films britanniques, européens, asiatiques ou indépendants américains accèdent au marché des salles américaines.

The Madness of King George

L’une des réussites les plus prestigieuses de cette politique est The Madness of King George de Nicholas Hytner, distribué en 1994. Adapté par Alan Bennett de sa propre pièce, le film met en vedette Nigel Hawthorne, Helen Mirren et Ian Holm. La société Goldwyn accompagne sa diffusion américaine au moment où elle constitue l’une des entreprises les plus influentes du cinéma spécialisé.

Le film illustre parfaitement le type d’œuvre que Goldwyn cherchait à défendre : prestigieuse et littéraire, mais susceptible de dépasser le public strictement spécialisé grâce à ses interprètes et à son humour.

La même période montre cependant la fragilité du modèle. Après plusieurs difficultés financières et alors que le marché indépendant devient de plus en plus compétitif, Goldwyn doit céder son entreprise au milieu des années 1990.

Producteur de deux cérémonies des Oscars

Samuel Goldwyn Jr. occupe également une place particulière dans l’histoire des Academy Awards. L’Academy lui confie la production télévisée de la cérémonie des Oscars en 1987, puis à nouveau en 1988. La première est présentée par Chevy Chase, Goldie Hawn et Paul Hogan ; la seconde par Chevy Chase.

Pour la cérémonie de 1988, Goldwyn reçoit un Primetime Emmy Award dans la catégorie consacrée aux programmes spéciaux de variété ou musicaux. Sa fille Liz Goldwyn a raconté plus tard les répétitions de ces cérémonies, durant lesquelles elle voyait défiler aussi bien les vedettes contemporaines que les survivants de l’âge d’or qui avaient connu son grand-père.

Cette fonction possède évidemment une valeur symbolique particulière pour un homme portant le nom Goldwyn : il passe momentanément de la production de films indépendants à celle de la cérémonie qui représente le plus publiquement l’institution hollywoodienne.

The Preacher’s Wife et Tortilla Soup

Après la transformation de sa société, Goldwyn continue à produire personnellement des films. En 1996, il participe à The Preacher’s Wife de Penny Marshall, avec Denzel Washington, Whitney Houston et Courtney B. Vance, nouvelle version du Bishop’s Wife que son père avait produit en 1947.

Cette reprise établit un premier pont explicite entre les catalogues des deux générations Goldwyn. Là où Sam Jr. avait passé une grande partie de sa carrière à éviter de simplement reproduire le parcours paternel, il peut désormais revisiter cet héritage depuis sa propre position de producteur établi.

Il est ensuite producteur délégué de Tortilla Soup en 2001, avec Hector Elizondo, Jacqueline Obradors, Elizabeth Peña et Raquel Welch. Le film réinterprète librement la structure familiale de Eat Drink Man Woman, l’un des films d’Ang Lee que la société Goldwyn avait contribué à faire connaître aux États-Unis.

Master and Commander, son unique nomination à l’Oscar du meilleur film

L’un des sommets de sa carrière de producteur intervient avec Master and Commander: The Far Side of the World de Peter Weir en 2003. Adapté des romans maritimes de Patrick O’Brian, le film met en vedette Russell Crowe dans le rôle du capitaine Jack Aubrey et Paul Bettany dans celui du chirurgien Stephen Maturin.

Samuel Goldwyn Jr., Peter Weir et Duncan Henderson sont officiellement nommés ensemble à l’Oscar du meilleur film comme producteurs. Le film obtient dix nominations aux Oscars et en remporte deux, pour la photographie de Russell Boyd et le montage sonore de Richard King.

Cette nomination possède une dimension historique : des décennies après avoir dû se définir face à la réputation de son père, Goldwyn Jr. obtient l’une des principales reconnaissances professionnelles de Hollywood en son propre nom comme producteur.

The Secret Life of Walter Mitty, dernier retour à l’héritage familial

Son dernier grand projet ramène encore plus directement à Samuel Goldwyn Sr. En 1947, son père avait produit The Secret Life of Walter Mitty avec Danny Kaye, à partir de la nouvelle de James Thurber. Dans les années 1990, Samuel Goldwyn Jr. commence à développer une nouvelle adaptation et conserve pendant près de vingt ans un rôle dans le long et difficile développement du projet.

Le film finit par être réalisé par Ben Stiller et sort en 2013, avec Stiller, Kristen Wiig, Shirley MacLaine, Adam Scott et Sean Penn. L’American Film Institute crédite comme producteurs Ben Stiller, Samuel Goldwyn Jr., John Goldwyn et Stuart Cornfeld.

Ce crédit final réunit symboliquement trois générations autour de la même propriété : Samuel Goldwyn Sr., producteur de la version de 1947 ; Samuel Goldwyn Jr., qui initie le remake ; et son fils John Goldwyn, qui contribue finalement à le porter à l’écran.

Une dynastie poursuivie par John, Tony et Liz Goldwyn

Samuel Goldwyn Jr. épouse en 1950 l’actrice Jennifer Howard, fille du dramaturge et scénariste Sidney Howard, lauréat posthume de l’Oscar pour Gone with the Wind. Le couple a quatre enfants avant son divorce, parmi lesquels John Goldwyn, futur dirigeant de Paramount et producteur de Dexter, et Tony Goldwyn, acteur et réalisateur notamment connu pour Ghost et Scandal.

Il a ensuite deux autres enfants avec Peggy Elliott, dont Liz Goldwyn, réalisatrice, auteure et artiste. Il est ainsi le maillon central d’une famille dont l’activité cinématographique s’étend sur plusieurs générations, de l’époque du muet aux studios contemporains et à la télévision.

Mais cette continuité ne doit pas masquer ce qui différencie Samuel Jr. de son père. Samuel Goldwyn Sr. demeure l’archétype du producteur-magnat de l’âge classique ; Samuel Goldwyn Jr. devient plutôt l’un des artisans de l’écosystème indépendant qui se développe à côté des studios.

La mort d’un défenseur du cinéma indépendant

Samuel Goldwyn Jr. meurt le 9 janvier 2015 au Cedars-Sinai Medical Center de Los Angeles, des suites d’une insuffisance cardiaque congestive. Il avait 88 ans.

Son héritage ne repose donc pas seulement sur un patronyme historique. De Man with the Gun à Master and Commander, sa propre carrière couvre près de soixante ans ; surtout, The Samuel Goldwyn Company a servi de passerelle entre le cinéma indépendant ou international et le public américain, accompagnant les débuts de réalisateurs qui deviendraient ensuite des figures majeures.

C’est probablement là que se situe la différence essentielle entre les deux Samuel Goldwyn : le père construisit une partie du prestige du Hollywood classique en produisant lui-même de grandes œuvres ; le fils transforma ce même instinct indépendant en une politique de découverte, de distribution et de soutien à des cinéastes que les grandes majors n’auraient pas nécessairement défendus avec la même constance.

Filmographie

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