Rufus Collins
- Casting
Biographie
- Nationalité
- Né le
- 11 août 1935 à New York (États-Unis)
- Décédé le
- 4 octobre 1996
- Âge
- 61 ans
- Filmographie
- 3 films
Rufus Charles Collins, né le 11 août 1935 à New York et mort le 4 novembre 1996 à Amsterdam, est un acteur, metteur en scène, chorégraphe et pédagogue américain. Passé par le Living Theatre et la scène britannique avant de s’établir aux Pays-Bas, il joue notamment dans The Rocky Horror Picture Show, Shock Treatment et The Hunger. Son rôle le plus durable se situe toutefois dans le théâtre : à Amsterdam, il contribue avec Henk Tjon à l’essor d’un théâtre multiculturel et à la création de De Nieuw Amsterdam.
De Harlem à la formation théâtrale
Rufus Collins grandit à Harlem, à New York. Sa mère veille à ce que ses enfants aient accès très tôt à une formation artistique, notamment au piano et à la danse. À onze ans, Collins se voit proposer une bourse pour étudier à l’American School of Ballet, offre qu’il refuse.
Il envisage d’abord une voie religieuse et suit pendant plusieurs années une formation missionnaire dans un établissement jésuite. Il revient ensuite vers les arts du spectacle et se forme comme acteur. Plus tard, il étudie également à la Central School of Speech and Drama de Londres, tout en conservant une importante expérience de danseur.
À la fin des années 1960, il rejoint le Living Theatre, compagnie américaine d’avant-garde fondée par Judith Malina et Julian Beck. Cette expérience l’inscrit dans un théâtre fortement politique, collectif et expérimental, dont l’influence restera perceptible dans ses propres projets ultérieurs.
Du Living Theatre au théâtre noir britannique
Le séjour européen de Rufus Collins se prolonge au Royaume-Uni. Au début des années 1970, il participe à la vie du Keskidee Centre de Londres, institution culturelle pionnière destinée notamment à la communauté noire britannique. Il devient directeur artistique de l’activité théâtrale du centre, où se croisent acteurs, dramaturges et artistes issus de plusieurs communautés africaines et caribéennes.
En 1972, Collins travaille comme chorégraphe sur la production britannique de Jesus Christ Superstar produite par Robert Stigwood. C’est dans cet environnement qu’il croise notamment Richard O’Brien, futur créateur de The Rocky Horror Show.
Son activité britannique associe ainsi mise en scène, interprétation, enseignement et chorégraphie. Elle constitue une étape essentielle entre son expérience new-yorkaise de l’avant-garde et le travail qu’il développera ensuite aux Pays-Bas.
Un Transylvanien dans The Rocky Horror Picture Show
Rufus Collins appartient également à l’univers de Rocky Horror. En 1975, il apparaît dans The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman parmi les Transylvaniens réunis dans le château de Frank-N-Furter.
Son rôle est sans dialogue important et se fond dans l’ensemble excentrique entourant Tim Curry, Susan Sarandon, Barry Bostwick, Patricia Quinn et Nell Campbell. Le film connaît initialement une réception limitée avant de devenir un phénomène des séances de minuit et l’un des films cultes les plus persistants du cinéma musical.
Collins retrouve plusieurs membres de cet univers en 1981 dans Shock Treatment, également réalisé par Jim Sharman et écrit notamment par Richard O’Brien. Sa relation professionnelle avec ce cercle artistique s’était nouée plusieurs années auparavant dans le théâtre londonien.
De Britannia Hospital à The Hunger
Sa carrière au cinéma demeure relativement limitée en nombre, mais comprend plusieurs productions devenues cultes. En 1982, Rufus Collins joue Odingu dans Britannia Hospital de Lindsay Anderson, satire particulièrement corrosive des institutions britanniques.
L’année suivante, il apparaît dans The Hunger (Les Prédateurs), premier long métrage de Tony Scott, avec Catherine Deneuve, David Bowie et Susan Sarandon. Collins y interprète Charlie Humphries.
Ce rôle le replace indirectement dans l’orbite de Rocky Horror, puisque Susan Sarandon avait tenu le rôle de Janet dans le film de 1975. Mais contrairement à sa participation essentiellement chorale à Rocky Horror, Collins dispose dans The Hunger d’un personnage explicitement identifié au générique.
Sa filmographie compte également des travaux liés au cinéma expérimental new-yorkais. Plusieurs sources lui attribuent notamment des participations à des productions associées à Andy Warhol, dont Kiss et Batman Dracula.
Amsterdam et une nouvelle mission théâtrale
Le chapitre le plus important de la seconde moitié de sa carrière s’ouvre aux Pays-Bas. Au début des années 1980, Collins est invité à Amsterdam pour donner des ateliers à de jeunes artistes, notamment dans le cadre d’initiatives cherchant à mieux intégrer les créateurs issus de l’immigration au paysage théâtral néerlandais.
Son approche impressionne plusieurs jeunes comédiens et metteurs en scène. Collins apporte avec lui des méthodes nourries aussi bien du théâtre expérimental new-yorkais que de son expérience britannique et de ses recherches sur différentes traditions de jeu. Son enseignement ne se limite pas à la technique : il entend développer un théâtre dans lequel les artistes noirs et issus de cultures postcoloniales puissent définir eux-mêmes leur langage artistique.
Il collabore particulièrement avec le metteur en scène surinamais Henk Tjon. Ensemble, ils mettent notamment en scène De negers de Jean Genet en 1984.
La fondation de De Nieuw Amsterdam
En 1985, Rufus Collins et Henk Tjon fondent la compagnie De Nieuw Amsterdam. Celle-ci devient l’une des institutions importantes dans le développement d’un théâtre culturellement diversifié aux Pays-Bas.
La compagnie cherche à dépasser la marginalisation de ce que l’on désignait alors souvent comme le « théâtre migrant ». Collins et Tjon veulent former des interprètes, développer un véritable répertoire et permettre à des artistes noirs, surinamais, antillais ou issus d’autres communautés de travailler dans des conditions professionnelles comparables à celles des compagnies établies.
Lorsque Henk Tjon retourne au Suriname en 1989, Collins conserve la direction artistique. De Nieuw Amsterdam obtient une place dans les dispositifs publics de financement néerlandais et développe également un important volet de formation.
Les archives théâtrales néerlandaises attribuent à Rufus Collins une participation à plus de soixante productions, principalement comme metteur en scène mais également dans d’autres fonctions artistiques. Parmi ses mises en scène figurent aussi bien des créations contemporaines que des relectures d’œuvres du répertoire.
Une influence dépassant sa carrière d’acteur
Cette activité explique pourquoi la place de Rufus Collins dans l’histoire culturelle néerlandaise dépasse largement ses quelques apparitions connues au cinéma. Plusieurs artistes ayant travaillé avec lui ont ensuite poursuivi des carrières importantes dans le théâtre néerlandais, et son travail est régulièrement présenté comme un jalon dans l’émergence d’une scène véritablement multiculturelle.
Son influence repose notamment sur une conception de la formation où les origines culturelles des interprètes ne devaient pas être effacées pour correspondre au modèle théâtral dominant. Cette idée accompagne aussi son choix de répertoire et sa volonté de créer des structures durables plutôt que de simples projets ponctuels.
Rufus Collins meurt à Amsterdam le 4 novembre 1996, à l’âge de 61 ans. Une notice nécrologique publiée l’année suivante le décrit à la fois comme fondateur, réalisateur, mentor, professeur et étudiant, formulation qui résume assez justement l’étendue de son activité.
De Harlem au Living Theatre, du Londres de Jesus Christ Superstar et Rocky Horror à la création de De Nieuw Amsterdam, Rufus Collins a donc suivi un parcours beaucoup plus vaste que ne le laisse supposer sa courte filmographie. Sa contribution la plus durable réside dans son travail de metteur en scène et de pédagogue et dans le rôle qu’il a joué dans l’ouverture du théâtre néerlandais à de nouvelles générations d’artistes.