Rémy Girard
- Casting
Biographie
- Nationalité
- Né le
- 10 août 1950 à Jonquière (Canada)
- Âge
- 76 ans
- Filmographie
- 6 films
Rémy Girard, né le 10 août 1950 à Jonquière, au Québec, est un acteur québécois de théâtre, de cinéma et de télévision. Figure centrale du cinéma québécois depuis les années 1980, il est particulièrement associé à Denys Arcand, qui lui confie le professeur Rémy dans Le Déclin de l’empire américain puis, dix-sept ans plus tard, dans Les Invasions barbares. Au Québec, son registre comique a également produit deux personnages devenus emblématiques de la culture populaire : Stan dans Les Boys et Paul Bougon dans Les Bougon, c’est aussi ça la vie !. Sa filmographie comprend également Jésus de Montréal, Les Portes tournantes, La Florida, Séraphin : Un homme et son péché, Le Piège américain, Incendies, Il pleuvait des oiseaux et Testament.
Du droit au Conservatoire
Rémy Girard est le fils du journaliste et homme politique Fernand Girard. Il commence par suivre la voie plus conventionnelle souhaitée par sa famille en s’inscrivant à la Faculté de droit de l’Université Laval. Mais il rejoint parallèlement Les Treize, la troupe théâtrale de l’université, où il développe notamment son goût pour l’improvisation. Après environ deux ans et demi de droit, l’expérience de la scène l’emporte définitivement.
Il abandonne donc ses études juridiques pour entrer au Conservatoire d’art dramatique de Québec. Dès cette période, il travaille au Théâtre du Trident, notamment dans La Mort d’un commis voyageur en 1972. Il participe en 1973 à la fondation du Théâtre Parminou, puis à celle du Théâtre du Vieux-Québec, dont il assure pendant cinq ans la direction et où il touche aussi à la mise en scène.
La scène demeure un élément fondamental de sa formation. Après son installation à Montréal au début des années 1980, il travaille avec la Compagnie Jean-Duceppe, le Théâtre du Rideau Vert et surtout le Théâtre du Nouveau Monde. Son parcours comprend des créations contemporaines aussi bien que des classiques, de La Trilogie des Brassard à En attendant Godot, Le Malade imaginaire, Ubu roi ou Coriolan.
Les premiers pas au cinéma
Girard apparaît au cinéma dès 1972 dans La Conquête de Jacques Gagné, dans un rôle très modeste de client de café. Il continue ensuite à travailler surtout sur scène et à la télévision, tout en obtenant progressivement des rôles au grand écran, notamment dans Les Beaux Souvenirs de Francis Mankiewicz en 1981.
Une première collaboration importante avec Denys Arcand arrive avec Le Crime d’Ovide Plouffe en 1984. Deux ans plus tard, Arcand lui propose un personnage qui va profondément modifier sa carrière et qui porte, par une coïncidence devenue célèbre, son propre prénom.
Rémy dans Le Déclin de l’empire américain
Dans Le Déclin de l’empire américain en 1986, Girard incarne Rémy, professeur d’histoire universitaire, intellectuel cultivé, bon vivant, séducteur et mari infidèle. Autour de lui, Denys Arcand réunit Dominique Michel, Dorothée Berryman, Louise Portal, Pierre Curzi, Yves Jacques et plusieurs autres acteurs pour une série de conversations sur le sexe, le couple, la politique, les idéaux et les contradictions d’une génération.
Le succès du film dépasse largement le Québec. Il devient le premier long métrage canadien nommé à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, lors de la cérémonie de 1987. Girard obtient lui-même une nomination au Génie du meilleur acteur.
Le personnage fixe plusieurs caractéristiques que les réalisateurs exploiteront ensuite chez Girard : une bonhomie immédiatement séduisante, un grand naturel dans le dialogue, mais aussi la capacité de faire apparaître sous l’humour l’égoïsme, la peur ou la vulnérabilité d’un personnage. Le succès de Déclin transforme un acteur jusque-là surtout reconnu dans le milieu théâtral en l’un des visages majeurs du cinéma québécois.
Les Portes tournantes, Jésus de Montréal et trois Génie successifs
La fin des années 1980 confirme rapidement cette percée. Dans Les Portes tournantes de Francis Mankiewicz, présenté à Un Certain Regard à Cannes en 1988, Girard interprète Monsieur Litwin, propriétaire de cinéma et bonimenteur de films muets. Sa prestation lui vaut le Génie du meilleur acteur dans un second rôle.
En 1989, il retrouve Denys Arcand pour Jésus de Montréal. Il joue Martin, acteur qui gagne notamment sa vie dans le doublage et rejoint la troupe chargée de moderniser une Passion du Christ. Le film remporte le Prix du Jury au Festival de Cannes et devient à son tour le représentant canadien nommé à l’Oscar du meilleur film étranger. Girard reçoit un deuxième Génie consécutif du meilleur second rôle.
Puis vient Amoureux fou de Robert Ménard en 1991, qui lui rapporte cette fois le Génie du meilleur acteur. Ces récompenses successives installent définitivement Girard comme un interprète capable de passer du burlesque à des rôles dramatiques sans modifier l’impression de naturel qui caractérise son jeu.
La Florida et la comédie populaire
Cette faculté devient particulièrement visible dans La Florida en 1993, réalisé par George Mihalka. Girard y incarne Léo Lespérance, Québécois qui quitte son pays avec sa famille pour exploiter un motel en Floride. Le film repose largement sur son sens du rythme comique, les désillusions du personnage et le choc entre le rêve américain et une réalité beaucoup moins glorieuse.
À la télévision, il devient parallèlement Lionel Rivard dans Scoop, série de Réjean Tremblay et Fabienne Larouche consacrée au milieu journalistique. Girard a lui-même décrit Lionel comme son premier grand rôle télévisuel ; le personnage lui apporte plusieurs nominations aux Gémeaux et une reconnaissance très large auprès du public québécois.
Il apparaît aussi dans La Petite Vie sous les traits de Paul « Pogo » Gauthier, ami de Popa et Moman et alcoolique en rétablissement dont les difficultés sentimentales sont traitées dans le ton volontairement extravagant de la série de Claude Meunier.
Stan et le phénomène Les Boys
En 1997, Louis Saia lui confie Stanislas « Stan » Ouellet, propriétaire d’une brasserie et entraîneur d’une équipe de hockey de garage dans Les Boys. Stan doit sauver son établissement après une dette de jeu et mise son avenir sur un match opposant son équipe à celle de son créancier. Le film devient un immense phénomène populaire québécois.
Girard donne au personnage son mélange caractéristique d’autorité et de tendresse. Stan peut sermonner ses joueurs, improviser des discours motivationnels ou se montrer obstiné, mais il fonctionne avant tout comme le père symbolique de l’équipe. Sa moustache et sa formule récurrente « Dans mon livre à moé… » deviennent indissociables du personnage.
Il reprend Stan dans Les Boys II en 1998, Les Boys III en 2001 et Les Boys IV en 2005. La franchise passe ensuite à la télévision : Girard demeure Stan pendant cinq saisons de la série Les Boys, de 2007 à 2012. Peu de personnages de sa carrière auront bénéficié d’une présence aussi longue dans l’imaginaire populaire.
Paul Bougon, autre personnage culte
Après Stan, Girard trouve un autre rôle emblématique avec Paul Bougon dans Les Bougon, c’est aussi ça la vie !, satire créée par François Avard et Jean-François Mercier. Paul dirige une famille qui refuse délibérément de respecter les règles d’une société qu’elle considère elle-même corrompue : arnaques, combines et détournements deviennent pour les Bougon une forme de revanche contre « le système ».
Le personnage permet à Girard d’utiliser une bonhomie beaucoup plus corrosive. Paul peut sembler chaleureux et familial tout en élaborant des escroqueries parfaitement assumées. La série devient l’un des grands succès comiques québécois du milieu des années 2000, et Girard remporte en 2004 le Gémeaux de la meilleure interprétation masculine dans une comédie pour son travail.
Il retrouve plus tard cette famille dans le long métrage Votez Bougon de Jean-François Pouliot en 2016, où Paul décide d’appliquer au monde politique les méthodes qui avaient fait la réputation des siens. Québec Cinéma cite le personnage parmi ceux devenus des icônes de la culture populaire québécoise grâce à Girard.
Le retour de Rémy dans Les Invasions barbares
Le rôle le plus déterminant de sa carrière internationale revient en 2003, lorsque Denys Arcand décide de retrouver les personnages du Déclin de l’empire américain dans Les Invasions barbares. Rémy est désormais divorcé et atteint d’un cancer incurable. Son fils Sébastien, avec lequel il entretient une relation difficile, revient auprès de lui et rassemble ses anciens amis autour de son lit.
La performance exige à Girard de reprendre exactement l’homme expansif et hédoniste de 1986 tout en le confrontant à la maladie, aux regrets et à la mort. L’humour demeure essentiel, mais il fonctionne désormais avec une vulnérabilité absente du premier film.
Le film connaît un parcours international exceptionnel. Présenté en compétition à Cannes en 2003, il y obtient le prix du scénario pour Arcand et le prix d’interprétation féminine pour Marie-Josée Croze. Il remporte ensuite l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, premier film canadien à gagner cette catégorie.
Girard reçoit pour sa part le Génie du meilleur acteur. Après Les Portes tournantes, Jésus de Montréal et Amoureux fou, il s’agit de son quatrième Génie d’interprétation.
Quatre films nommés aux Oscars
La carrière de Girard présente une particularité remarquable dans l’histoire du cinéma canadien : il appartient à la distribution de quatre films québécois ayant représenté le Canada parmi les cinq finalistes à l’Oscar du meilleur film international/étranger.
Le Déclin de l’empire américain est nommé en 1987, Jésus de Montréal en 1990, Les Invasions barbares gagne en 2004 et Incendies est nommé en 2011.
Cette succession résume également sa capacité à travailler avec plusieurs générations de cinéastes : Denys Arcand appartient à celle qui fait exploser la reconnaissance internationale du cinéma québécois dans les années 1980 ; Denis Villeneuve, qui le dirige dans Incendies, appartient à celle qui prend le relais deux décennies plus tard.
Le notaire Lebel dans Incendies
Dans Incendies en 2010, adaptation par Denis Villeneuve de la pièce de Wajdi Mouawad, Girard interprète Maître Jean Lebel, le notaire chargé d’exécuter les dernières volontés de Nawal Marwan. C’est lui qui remet aux jumeaux Jeanne et Simon les deux lettres les conduisant à enquêter sur le passé de leur mère au Moyen-Orient.
Le rôle est beaucoup plus retenu que Stan, Bougon ou le Rémy d’Arcand. Lebel apporte au récit sa stabilité, sa compassion et une forme d’humanité tranquille face aux révélations tragiques qui s’accumulent. Villeneuve a expliqué avoir pensé à Girard dès l’écriture du scénario, preuve que le personnage avait été conçu en grande partie avec sa présence en tête.
Incendies obtient la nomination canadienne à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère et contribue à faire connaître Villeneuve internationalement.
De Séraphin à Il pleuvait des oiseaux
Entre ses grands rôles emblématiques, Girard accumule les personnages de composition. Il apparaît dans Séraphin : Un homme et son péché, Maurice Richard, Le Piège américain de Charles Binamé et De père en flic d’Émile Gaudreault. Dans Le Piège américain, il incarne notamment le criminel québécois Lucien Rivard, rôle nettement plus sombre que ceux auxquels son image publique pouvait être associée.
En 2019, Louise Archambault le dirige dans Il pleuvait des oiseaux, adapté du roman de Jocelyne Saucier. Girard joue Tom, l’un de plusieurs vieillards ayant choisi de vivre retirés dans la forêt. Le film lui vaut en 2020 le Canadian Screen Award du meilleur acteur dans un second rôle.
Il tient également le premier rôle de Tu te souviendras de moi d’Éric Tessier, dans lequel il incarne un professeur d’histoire retraité atteint de la maladie d’Alzheimer. Le rôle confronte une nouvelle fois Girard à un personnage intellectuel dont les certitudes et l’identité sont progressivement attaquées par la maladie, dans un registre très éloigné de ses comédies populaires.
District 31, Bones of Crows et le retour à Arcand
À la télévision, Girard conserve une présence importante avec des séries comme Emma, Bunker, le cirque ou InSecurity. Dans District 31, entre 2020 et 2022, son emploi devient particulièrement sombre : il intègre l’intrigue autour des services de renseignement et montre une facette plus menaçante de son jeu.
Il participe ensuite à Bones of Crows, projet de Marie Clements consacré aux conséquences des pensionnats autochtones, diffusé sous forme de long métrage puis de mini-série. Le gouvernement du Québec cite cette production parmi les exemples récents de son registre dramatique.
En 2023, il retrouve encore Denys Arcand pour Testament. Cette collaboration prolonge une relation commencée près de quarante ans auparavant avec Le Crime d’Ovide Plouffe et poursuivie notamment par Le Déclin de l’empire américain, Jésus de Montréal et Les Invasions barbares.
André Forcier, la scène et les rôles tardifs
Girard continue aussi de travailler avec des cinéastes appartenant à l’histoire singulière du cinéma québécois. Dans Ababouiné d’André Forcier en 2024, il retrouve un réalisateur avec lequel il avait déjà collaboré plusieurs décennies auparavant, notamment autour de Kalamazoo. Le film se déroule dans le Montréal populaire de 1957 sur fond d’affrontement entre influence catholique et aspirations laïques.
Le théâtre demeure simultanément présent. En 2025, il tient le rôle d’Alain Bouchard dans l’adaptation québécoise de Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, mise en scène par Michel-Maxime Legault. Le spectacle poursuit sa tournée en 2026.
Au cinéma, Louis Bélanger le place au centre de 125, rue des Malaises en 2026. Girard y incarne Laurent Perrier, qui réunit sa famille après avoir annoncé sa décision de demander l’aide médicale à mourir. Geneviève Schmidt, Pier-Luc Funk, Claude Legault et Guylaine Tremblay figurent également dans cette comédie dramatique familiale.
Un engagement au-delà du métier d’acteur
Girard s’est également engagé publiquement dans plusieurs causes sociales. Il a notamment été porte-parole et collaborateur de longue durée de la Société pour les enfants handicapés du Québec. Cet engagement accompagne une vie familiale sur laquelle il est généralement resté discret, même s’il a parfois évoqué publiquement son expérience de proche aidant auprès de son fils.
Cette dimension sociale fait partie des éléments retenus lors de sa nomination comme Officier de l’Ordre du Canada. Nommé en 2019 puis investi en 2022, il est honoré pour une carrière comprenant plus de cinquante longs métrages, une trentaine de séries télévisées et presque autant de pièces de théâtre, ainsi que pour son engagement communautaire.
L’Iris Hommage et le prix Denise-Pelletier
Malgré une longue série de nominations au cinéma québécois, Girard n’avait jamais remporté de prix compétitif aux Jutra/Iris. Québec Cinéma lui remet donc en 2023 l’Iris Hommage, consacré à l’ensemble de son œuvre. La distinction possède aussi une petite dimension historique : Girard avait été en 1999 le premier animateur du Gala du cinéma québécois.
L’année suivante, le gouvernement du Québec lui attribue le prix Denise-Pelletier 2024, l’une des plus hautes distinctions québécoises consacrées aux arts de la scène. Le jury souligne alors une carrière qui traverse théâtre, cinéma francophone et anglophone, télévision, animation et production, ainsi qu’un nombre exceptionnel de personnages dans le cinéma québécois.
Rémy Girard occupe ainsi une position assez rare : acteur d’auteur reconnu internationalement et, simultanément, immense acteur populaire québécois. Le même interprète peut être le professeur mourant des Invasions barbares, le notaire presque effacé d’Incendies, le truand du Piège américain, le chaleureux Stan des Boys ou l’escroc jovial Paul Bougon. C’est moins un type de personnage particulier qu’une capacité à rendre crédibles des hommes contradictoires, drôles sans être seulement comiques, touchants sans être idéalisés, qui assure la continuité de son parcours.