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Film Index

Kirsten Johnson

Images Production

Nationalité
 États-Unis
Âge
61 ans
Filmographie
4 films

Biographie

Kirsten Johnson, née le 12 octobre 1965 à Seattle, dans l’État de Washington, est une réalisatrice, directrice de la photographie, scénariste et productrice américaine spécialisée dans le cinéma documentaire. Elle est notamment connue pour son travail sur Citizenfour (2014) de Laura Poitras et pour ses réalisations Cameraperson (2016) et Dick Johnson Is Dead (2020). Ce dernier film lui vaut un Primetime Emmy Award de la meilleure réalisation d’un programme documentaire en 2021.

Une enfance dans l’Ouest américain et une formation à Paris

Kirsten Johnson grandit entre Seattle et le Wyoming, au sein d’une famille appartenant à l’Église adventiste du septième jour. Son père, C. Richard « Dick » Johnson, exerce la profession de psychiatre. Son éducation religieuse limite son accès au cinéma et à la télévision pendant l’enfance. Elle découvre plus largement le septième art au cours de ses études supérieures.

Elle étudie à l’université Brown, à Providence, dans l’État de Rhode Island, où elle suit un cursus associant les beaux-arts et la littérature. Elle participe également aux activités du mouvement étudiant opposé à l’apartheid en Afrique du Sud. Les cours d’Anani Dzidzienyo, spécialiste des études africaines, contribuent à développer son intérêt pour les relations entre l’histoire, les représentations culturelles et les rapports de pouvoir. Elle obtient son diplôme en 1987.

Après ses études, elle passe environ deux ans en Afrique de l’Ouest, où elle participe à des projets cinématographiques de fiction et de documentaire. Cette première expérience professionnelle lui permet de découvrir les contraintes du tournage dans des environnements où les conditions techniques et matérielles diffèrent de celles des grandes productions américaines.

Elle poursuit ensuite sa formation à Paris, au sein de La Fémis, école nationale supérieure des métiers de l’image et du son. Première Américaine admise dans sa promotion de photographie cinématographique, elle y acquiert une formation technique consacrée notamment à la prise de vues, à l’éclairage et à la composition des images.

À son retour aux États-Unis, Kirsten Johnson s’oriente principalement vers la photographie documentaire. Son activité la conduit progressivement à filmer dans de nombreux pays, souvent sur des sujets liés aux conflits armés, aux droits humains et aux transformations politiques.

Les collaborations avec les réalisateurs du documentaire engagé

Le travail de Kirsten Johnson comme directrice de la photographie se développe dans les années 1990 et 2000 auprès de cinéastes indépendants américains. Elle contribue notamment à Derrida (2002), documentaire réalisé par Kirby Dick et Amy Ziering autour du philosophe français Jacques Derrida. Le film associe des séquences de conférences, des entretiens et des observations de sa vie quotidienne.

Elle participe ensuite à Fahrenheit 9/11 (2004), réalisé par Michael Moore. Ce documentaire examine les événements qui suivent les attentats du 11 septembre 2001, notamment la politique de l’administration de George W. Bush et la guerre en Irak. Présenté au Festival de Cannes en 2004, le film remporte la Palme d’or.

La collaboration avec Kirby Dick se poursuit avec This Film Is Not Yet Rated (2006), documentaire consacré au système américain de classification des films. Le réalisateur y enquête sur les méthodes de la Motion Picture Association of America et sur les critères employés pour attribuer les restrictions d’âge.

Kirsten Johnson travaille également sur The Invisible War (2012), autre documentaire de Kirby Dick, consacré aux violences sexuelles dans l’armée américaine. Le film recueille les témoignages de militaires qui dénoncent les agressions subies pendant leur service et les difficultés rencontrées pour obtenir une enquête. Il est nommé à l’Oscar du meilleur film documentaire en 2013.

Sa collaboration avec la réalisatrice Gini Reticker sur Pray the Devil Back to Hell (2008) concerne le rôle des femmes dans les mouvements pacifistes du Liberia. Le film retrace notamment l’action de Leymah Gbowee, qui participe à la mobilisation des femmes chrétiennes et musulmanes contre la deuxième guerre civile libérienne. Le documentaire remporte le prix du meilleur documentaire au Festival de Tribeca en 2008.

Dans ces différentes productions, Kirsten Johnson filme des entretiens avec des témoins de violences ou de crises politiques. Les méthodes d’enregistrement sont adaptées aux conditions de chaque enquête, notamment lorsque les personnes filmées doivent conserver leur anonymat ou évoquent des événements traumatiques.

Laura Poitras, la surveillance et la photographie de l’enquête

L’une des collaborations les plus importantes de Kirsten Johnson est celle qu’elle entretient avec Laura Poitras, réalisatrice américaine spécialisée dans les documentaires politiques.

Elle assure la photographie de The Oath (2010), film consacré à deux hommes liés à l’histoire d’Al-Qaïda après les attentats du 11 septembre 2001. Le documentaire suit notamment Abu Jandal, ancien garde du corps d’Oussama ben Laden installé au Yémen, ainsi que son beau-frère Salim Ahmed Hamdan, ancien chauffeur de Ben Laden détenu à Guantánamo.

Les prises de vues conduisent l’équipe au Yémen, où Kirsten Johnson filme les activités quotidiennes et les entretiens avec les protagonistes. Le travail photographique repose sur une observation prolongée des personnages, dont les déclarations sont confrontées aux événements historiques et aux procédures judiciaires.

Pour ce film, Kirsten Johnson et Laura Poitras reçoivent le prix de la meilleure photographie d’un documentaire au Festival de Sundance en 2010.

La collaboration se poursuit avec Citizenfour (2014), consacré aux révélations d’Edward Snowden sur les programmes de surveillance électronique de la National Security Agency (NSA). Le documentaire comprend notamment les entretiens réalisés à Hong Kong entre Snowden et les journalistes Glenn Greenwald et Ewen MacAskill.

Kirsten Johnson participe à la photographie du film, qui associe des entretiens, des documents et des séquences consacrées aux infrastructures de surveillance. Citizenfour remporte l’Oscar du meilleur film documentaire en 2015, ainsi que le BAFTA du meilleur documentaire.

Elle contribue également à Risk (2016), autre documentaire de Laura Poitras consacré à Julian Assange, fondateur de WikiLeaks. Le tournage s’étend sur plusieurs années et suit les activités d’Assange pendant les procédures judiciaires qui le concernent.

La même année, Kirsten Johnson devient membre de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, organisation professionnelle américaine notamment responsable de l’attribution des Oscars.

Les premières réalisations et la question de la justice

Parallèlement à son activité de directrice de la photographie, Kirsten Johnson entreprend la réalisation de ses propres documentaires. En 2004, elle coréalise avec Katy Chevigny Deadline, consacré à la peine de mort aux États-Unis.

Le film suit les dernières semaines du mandat du gouverneur républicain de l’Illinois, George Ryan, qui doit décider du sort des prisonniers condamnés à mort dans son État. En janvier 2003, après plusieurs années de controverses concernant des erreurs judiciaires, Ryan commute les peines de l’ensemble des condamnés présents dans les couloirs de la mort de l’Illinois.

Le documentaire présente les arguments des défenseurs de l’abolition, les témoignages de familles de victimes et les interrogations des responsables politiques. Présenté au Festival de Sundance en 2004, il est ensuite diffusé aux États-Unis dans l’émission Dateline NBC, sur la chaîne NBC, le 30 juillet de la même année.

Dans The Above (2015), court métrage documentaire d’environ neuf minutes réalisé pour l’organisation journalistique Field of Vision, Kirsten Johnson filme un ballon de surveillance militaire américain stationné au-dessus de Kaboul, en Afghanistan. L’appareil, dont les capacités techniques sont classifiées, domine le paysage urbain sans que les habitants puissent connaître précisément les informations qu’il collecte.

La réalisatrice confronte les images de cette installation aux activités des habitants de la capitale afghane. Le film est présenté au Festival du film de New York en 2015, puis nommé au prix du meilleur court métrage décerné par l’International Documentary Association en 2016.

Cameraperson, une autobiographie par les images

En 2016, Kirsten Johnson réalise Cameraperson, documentaire composé d’images enregistrées au cours d’environ vingt-cinq années de travail à travers le monde. Le film associe des séquences issues de projets antérieurs, dont certaines n’avaient pas été retenues dans les montages définitifs.

Parmi les situations représentées figurent un combat de boxe à Brooklyn, le quotidien d’une famille dans la Bosnie d’après-guerre et les activités d’une sage-femme au Nigeria. Le film comprend également des scènes de la vie familiale de la réalisatrice, notamment des images de sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Le projet naît de son expérience de directrice de la photographie et de son souhait de revenir sur des rencontres qui ont marqué sa vie professionnelle. Kirsten Johnson rassemble des séquences tournées pour différents documentaires et entreprend de les réorganiser afin de construire un récit à partir de leurs correspondances visuelles et émotionnelles.

Le montage est réalisé avec Nels Bangerter et Amanda Laws, tandis que Marilyn Ness et Danielle Varga participent à la production. Les images sont assemblées sans commentaire explicatif continu ni progression chronologique. La présence de la réalisatrice apparaît notamment à travers ses interventions orales, ses mouvements de caméra et les réactions des personnes qu’elle filme.

Certaines séquences rendent visibles les relations entre l’opératrice et ses sujets. Le film montre notamment des moments pendant lesquels elle hésite à poursuivre l’enregistrement ou intervient auprès d’une personne filmée. Ces situations permettent d’examiner les responsabilités liées à la captation d’images documentaires, particulièrement lorsque celles-ci concernent des personnes vulnérables.

Présenté au Festival de Sundance en janvier 2016, Cameraperson remporte le Golden Gate Award du meilleur documentaire au Festival international du film de San Francisco, ainsi que le Grand Prix du jury du Sheffield DocFest au Royaume-Uni. Il obtient également une nomination à l’Independent Spirit Award du meilleur documentaire en 2017.

Le film figure parmi les dix meilleurs films de l’année 2016 sélectionnés par plusieurs critiques du New York Times et fait partie des quinze documentaires présélectionnés pour l’Oscar du meilleur film documentaire. Il entre en 2017 dans la Criterion Collection, collection américaine consacrée à l’édition d’œuvres cinématographiques accompagnées d’archives et d’analyses.

Dick Johnson Is Dead, un film réalisé avec son père

En 2020, Kirsten Johnson réalise Dick Johnson Is Dead, documentaire dans lequel elle met en scène son père, Richard « Dick » Johnson, psychiatre retraité atteint de troubles cognitifs liés à une démence.

Après avoir accompagné sa mère pendant sa maladie d’Alzheimer, la réalisatrice découvre que son père présente à son tour des difficultés de mémoire. Elle entreprend de filmer les changements de son quotidien et lui propose de participer à une série de scènes imaginant différentes circonstances de sa propre mort.

Le documentaire associe ainsi des séquences consacrées à leur vie familiale et des mises en scène réalisées avec des cascadeurs et des techniciens spécialisés. Dick Johnson participe notamment à des accidents fictifs dans lesquels il est heurté par un objet lourd ou fait une chute mortelle. Ces séquences sont tournées avec des effets spéciaux qui permettent d’éviter tout danger pour l’interprète.

Le film comporte également des scènes imaginant son séjour au paradis, ainsi qu’une cérémonie funéraire organisée alors qu’il est encore vivant. Plusieurs membres de sa famille et de son entourage participent à cette cérémonie, au cours de laquelle ils prononcent des discours évoquant leurs souvenirs communs.

Kirsten Johnson écrit le film avec Nels Bangerter, qui en assure également le montage. Katy Chevigny et Marilyn Ness participent à sa production. La réalisatrice adapte les prises de vues à l’évolution de l’état de santé de son père et conserve dans le montage certains moments où celui-ci manifeste de la confusion ou ne comprend plus immédiatement les circonstances d’une scène.

Le film fait ainsi apparaître les difficultés éthiques liées à la participation d’une personne dont les capacités de mémoire et de décision évoluent. La réalisatrice documente également ses propres hésitations concernant les limites de cette collaboration familiale.

Dick Johnson Is Dead est présenté au Festival de Sundance en janvier 2020, où il remporte le prix spécial du jury pour l’innovation dans la narration documentaire. Il est ensuite diffusé sur Netflix à partir du 2 octobre 2020.

Le film reçoit le Critics Choice Documentary Award du meilleur documentaire et le Cinema Eye Honors Award de la meilleure réalisation. Lors de la cérémonie des Primetime Emmy Awards de 2021, Kirsten Johnson remporte le prix de la meilleure réalisation d’un programme documentaire ou non fictionnel. Le film figure également parmi les quinze documentaires présélectionnés pour les Oscars de 2021.

Une reconnaissance professionnelle et un engagement pour les cinéastes documentaires

En décembre 2020, Kirsten Johnson devient membre de l’American Society of Cinematographers (ASC), association professionnelle américaine réunissant des directeurs de la photographie. Son admission intervient alors que les femmes représentent encore une faible proportion des membres de cette organisation.

Elle participe à plusieurs programmes de soutien au documentaire indépendant, notamment aux activités du Sundance Institute et à son programme Art of Nonfiction, destiné à accompagner des cinéastes qui développent des formes documentaires expérimentales. Elle bénéficie également d’une bourse de la Fondation John-Simon-Guggenheim, attribuée à des artistes et chercheurs pour leur permettre de poursuivre leurs travaux.

La réalisatrice intervient régulièrement dans des écoles de cinéma et des festivals pour présenter ses méthodes de tournage. Elle participe notamment à des rencontres consacrées à Cameraperson, au cours desquelles elle travaille avec ses collaborateurs sur les choix effectués au montage et sur les conséquences de ces choix dans la représentation des personnes filmées.

Elle conserve également une activité de directrice de la photographie pour d’autres cinéastes. En 2019, elle travaille sur Elliott Erwitt: Silence Sounds Good, documentaire consacré au photographe franco-américain Elliott Erwitt, membre de l’agence Magnum Photos. Le film, réalisé par Adriana Lopez Sanfeliu, accompagne le photographe dans plusieurs situations quotidiennes et revient sur sa longue carrière.

Son travail comprend également Sabbath Queen (2024), documentaire réalisé par Sandi DuBowski et consacré au parcours du rabbin américain Amichai Lau-Lavie, figure du judaïsme progressiste et militant LGBTQ+. Tourné sur plusieurs années, le film examine les relations entre convictions religieuses, identité personnelle et engagement communautaire.

Dans ses activités pédagogiques et professionnelles, Kirsten Johnson accorde une place particulière à la relation entre la personne qui tient la caméra et celle qui accepte d’être filmée. Ses interventions portent notamment sur les conditions du consentement, sur la conservation des images enregistrées pendant les tournages et sur la responsabilité des équipes documentaires envers les personnes dont elles recueillent les témoignages.

Filmographie

  • Citizenfour
    Tout public

    En janvier 2013, la réalisatrice Laura Poitras prépare un film portant sur les abus commis au nom de la sécurité nationale dans la foulée du 11 septembre, lorsqu’elle reçoit un premier courriel encrypté d’une source identifiée par le nom de code « citizen four ». Ce dernier se dit prêt à dévoiler un programme clandestin d’écoute de masse orchestré par la NSA, ainsi que d’autres agences gouvernementales. En juin 2013, Laura Poitras, accompagnée du journaliste Glenn Greenwald et munie de sa caméra se rend à Hong Kong pour la première d’une série de rencontres avec l’homme derrière le pseudonyme, Edward Snowden.

    2014 1h53 Directrice de la photographie Co-productrice

  • The Invisible War
    Tout public

    Un documentaire d’investigation et puissamment émouvant sur l’épidémie de viol de soldats au sein de l’armée américaine, les institutions qui perpétuent et couvrent son existence, et ses profondes conséquences personnelles et sociales.

    2012 1h33 Directrice de la photographie

  • Fahrenheit 9 11
    Tout public

    Prenant pour point de départ l’élection controversée de 2000, Michael Moore retrace l’improbable ascension d’un médiocre pétrolier texan devenu maître du monde libre. Puis il ouvre la boîte de Pandore du Président et révèle les liens personnels et financiers qui unissent la famille Bush à celle de Ben Laden. Michael Moore y dénonce également les méfaits du Patriot Act et les souffrances provoquées par la guerre en Irak.

    2004 2h03 Cadreuse additionnelle

  • Asylum
    Tout public

    Baba, une jeune femme ghanéenne, part à la recherche de son père pour sa bénédiction sur son mariage imminent. Cela se transforme en cauchemar alors qu’il insiste sur le fait qu’elle est un homme différent et qu’elle subit une mutilation génitale féminine comme c’est la coutume dans sa tribu. Elle est forcée de fuir le village de son père, cherchant le statut de réfugié aux États-Unis. Au lieu de cela, elle s’emmière dans le système d’immigration américain.

    2003 0h20 Directrice de la photographie