Jean-Pierre Melville
Casting Décors Réalisation Production Écriture
- Nationalité
- France
- Naissance
- 20 octobre 1917 à Paris (France)
- Mort
- 2 août 1973
- Âge
- 55 ans
- Autre nom
- Jean-Pierre Grumbach
- Filmographie
- 4 films
Biographie
Jean-Pierre Melville est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur français, né le 20 octobre 1917 à Paris et mort le 2 août 1973 dans la même ville, à l’âge de 55 ans. Figure majeure du cinéma français d’après-guerre, il est notamment connu pour Le Samouraï (1967), L’Armée des ombres (1969) et Le Cercle rouge (1970). Pionnier de la production cinématographique indépendante, il réalise treize longs métrages et développe une esthétique inspirée du cinéma noir américain, caractérisée par la sobriété des dialogues et la précision de la mise en scène.
Une jeunesse marquée par le cinéma américain et la Résistance
Issu d’une famille juive alsacienne installée à Paris, Jean-Pierre Melville grandit sous le nom de Jean-Pierre Grumbach. Son père, Jules Grumbach, exerce le métier de négociant en tissus, tandis que son frère aîné, Jacques Grumbach, devient journaliste et militant socialiste. Dès l’enfance, il manifeste un intérêt prononcé pour le cinéma. En 1923, ses parents lui offrent une caméra Pathé-Baby, avec laquelle il commence à filmer les membres de sa famille.
Adolescent, il fréquente assidûment les salles parisiennes et découvre le cinéma hollywoodien. La projection de Cavalcade (1933), réalisé par Frank Lloyd, joue un rôle déterminant dans son désir de devenir cinéaste. Il s’intéresse également aux films de William Wyler, John Ford et Robert Flaherty. Cette cinéphilie américaine restera présente dans son travail de réalisateur, jusque dans ses choix vestimentaires personnels, notamment son célèbre chapeau Stetson et ses lunettes noires.
Mobilisé avant la Seconde Guerre mondiale, Jean-Pierre Melville participe au conflit puis rejoint la Résistance. Après avoir franchi les Pyrénées et traversé l’Espagne, il gagne l’Angleterre en juillet 1943. Le 12 août, il signe son engagement dans les Forces françaises combattantes. Il adopte alors le nom de Melville, en hommage à l’écrivain américain Herman Melville, auteur de Moby-Dick.
Affecté à la 1re Division française libre, il sert dans l’artillerie et participe à la campagne d’Italie, notamment aux combats de Monte Cassino en mai 1944. Il prend ensuite part au débarquement de Provence en août et à l’avancée des troupes alliées vers Lyon. Son frère Jacques, également engagé dans la Résistance, est assassiné en 1942 alors qu’il tente de franchir la frontière espagnole.
Son expérience militaire nourrit directement plusieurs de ses films. Dans L’Armée des ombres, adaptation du roman de Joseph Kessel, il transpose à l’écran les conditions de la clandestinité et les dangers auxquels étaient confrontés les résistants pendant l’Occupation.
L’indépendance artistique et la création des studios Jenner
De retour à Paris après la guerre, Jean-Pierre Melville entreprend de travailler dans le cinéma. Sa demande de carte professionnelle d’assistant réalisateur étant refusée, il se lance dans la production de ses propres films. En 1946, il réalise le court métrage documentaire Vingt-quatre heures de la vie d’un clown, consacré au clown Béby.
Son premier long métrage, Le Silence de la mer, est tourné en 1947 et sort en 1949. Adapté du roman clandestin de Vercors, le film réunit Howard Vernon, Nicole Stéphane et Jean-Marie Robain. Melville entreprend initialement cette adaptation sans l’autorisation de l’écrivain, qui accepte finalement la diffusion après une projection organisée devant d’anciens résistants.
Le tournage, réalisé avec des moyens réduits et une équipe restreinte, témoigne de son attachement à une production indépendante. Il utilise notamment la maison de Vercors à Villiers-sur-Morin comme décor. Sa collaboration avec le directeur de la photographie Henri Decaë contribue à donner au film son identité visuelle.
En 1947, Melville fonde ses propres studios au 25 bis, rue Jenner, dans le 13e arrondissement de Paris, en aménageant un ancien entrepôt. Il dispose ainsi d’installations lui permettant de produire ses films en dehors des circuits traditionnels. Le cinéaste y établit également sa résidence pendant plusieurs années, travaillant fréquemment la nuit.
Cette indépendance lui permet de collaborer avec Jean Cocteau, qui lui confie l’adaptation de son roman Les Enfants terribles. Sorti en 1950, le film réunit Nicole Stéphane et Édouard Dermit, sur une musique de Jean-Sébastien Bach. Cocteau participe personnellement au projet, tandis que Melville en assure la réalisation.
Les studios Jenner deviennent un lieu important de la création cinématographique française. Le 29 juin 1967, un incendie détruit une partie des installations pendant le tournage du Samouraï. Melville poursuit néanmoins son activité et continue à utiliser les espaces conservés, notamment pour le montage de L’Armée des ombres.
Une conception personnelle du film noir
L’admiration de Jean-Pierre Melville pour le cinéma américain se manifeste particulièrement dans son traitement des histoires criminelles. Il accorde une grande importance aux gestes des personnages, aux silences et à l’organisation visuelle des scènes. Le monde des gangsters lui permet d’explorer des relations dominées par des codes d’honneur stricts, dans lesquelles la trahison et la fidélité occupent une place centrale.
Avec Bob le flambeur (1956), il développe un récit autour d’un ancien truand interprété par Roger Duchesne, qui prépare le cambriolage du casino de Deauville. Le réalisateur filme les rues de Montmartre et de Pigalle en utilisant des méthodes de tournage légères, avec Henri Decaë à la photographie. Le film exercera une influence importante sur les cinéastes de la Nouvelle Vague, notamment par sa liberté de tournage et son traitement des décors naturels.
La construction dramatique devient particulièrement rigoureuse dans Le Samouraï, sorti en 1967. Alain Delon y interprète Jef Costello, un tueur à gages solitaire dont les habitudes sont organisées autour de règles précises. Le personnage, vêtu d’un imperméable et d’un chapeau, évolue dans un Paris nocturne photographié par Henri Decaë. Melville privilégie les séquences dépourvues de dialogues et les actions répétitives, notamment dans les scènes préparatoires aux crimes.
Son travail sur la couleur prolonge cette recherche formelle. Dans Le Cercle rouge (1970), la photographie d’Henri Decaë et les décors participent à la création d’un univers dominé par des tonalités froides. La longue séquence du cambriolage d’une bijouterie parisienne se déroule presque entièrement sans paroles, en accordant une importance particulière aux déplacements des personnages et aux sons de leurs actions.
Pour ces récits criminels, Melville privilégie des personnages dont les décisions engagent leur survie. Dans Le Deuxième Souffle (1966), Lino Ventura interprète Gustave Minda, dit Gu, un gangster évadé de prison. Le film est adapté d’un roman de José Giovanni. Le réalisateur y retrouve plusieurs éléments qui caractérisent son travail, notamment le poids de la parole donnée et les relations conflictuelles entre policiers et criminels.
Des collaborations décisives avec les acteurs français
La direction d’acteurs occupe une place essentielle dans le travail de Jean-Pierre Melville. Il collabore à plusieurs reprises avec Jean-Paul Belmondo, qu’il dirige dans Léon Morin, prêtre (1961). Adapté du roman de Béatrix Beck, le film raconte la relation entre un prêtre catholique et une jeune veuve interprétée par Emmanuelle Riva, pendant l’Occupation allemande. Le rôle de Léon Morin permet à Belmondo d’aborder un personnage éloigné de ses emplois habituels de jeune homme turbulent.
Melville retrouve l’acteur dans Le Doulos (1962), où il incarne Silien, un personnage soupçonné de renseigner la police. Leur collaboration prend fin dans des circonstances conflictuelles lors du tournage de L’Aîné des Ferchaux (1963), adapté de Georges Simenon. Belmondo intervient à la suite de désaccords répétés entre Melville et Charles Vanel, son partenaire à l’écran. Une altercation physique oppose l’acteur au réalisateur, interrompant leur relation professionnelle.
Avec Lino Ventura, Melville développe une autre collaboration marquante. Après Le Deuxième Souffle, il lui confie le rôle de Philippe Gerbier dans L’Armée des ombres. Les rapports entre les deux hommes sont cependant difficiles durant le tournage. Ils communiquent notamment par l’intermédiaire des assistants du réalisateur à la suite de différends personnels.
La collaboration avec Alain Delon donne naissance à trois films. Après Le Samouraï, le réalisateur le dirige dans Le Cercle rouge, où il incarne Corey, un ancien détenu préparant un cambriolage avec un évadé joué par Gian Maria Volonté. Dans Un flic (1972), Delon interprète cette fois le commissaire Édouard Coleman, confronté à un groupe de braqueurs dirigé par Richard Crenna.
Melville travaille également avec des interprètes comme Yves Montand, Simone Signoret et Paul Meurisse. Dans L’Armée des ombres, Signoret incarne Mathilde, résistante chargée de missions clandestines, tandis que Meurisse interprète Luc Jardie, intellectuel occupant une fonction importante dans l’organisation de la Résistance.
Une influence sur la Nouvelle Vague et le cinéma international
L’indépendance de Jean-Pierre Melville et ses méthodes de tournage attirent très tôt l’attention des jeunes critiques des Cahiers du cinéma. François Truffaut et Jean-Luc Godard s’intéressent à son travail, notamment à sa manière d’utiliser les décors réels et de produire des films avec des équipes réduites.
En 1960, Jean-Luc Godard lui confie un rôle dans À bout de souffle. Melville y interprète Parvulesco, un écrivain interrogé lors d’une conférence de presse, dans une scène où il donne la réplique à Jean Seberg. Cette apparition établit un lien direct entre le cinéaste indépendant et l’une des œuvres emblématiques de la Nouvelle Vague.
Malgré cette proximité initiale, Melville entretient par la suite des relations conflictuelles avec plusieurs représentants du mouvement. Il continue de défendre une conception personnelle du cinéma, nourrie par les classiques hollywoodiens et par son admiration pour les réalisateurs américains.
Son influence dépasse ensuite les frontières françaises. Le réalisateur hongkongais John Woo revendique notamment l’héritage du Samouraï dans son traitement des tueurs professionnels et des rapports d’honneur entre criminels. Le film inspire également Jim Jarmusch, notamment pour Ghost Dog : La Voie du samouraï (1999), dont le protagoniste, incarné par Forest Whitaker, partage plusieurs caractéristiques avec Jef Costello.
Le cinéaste américain Michael Mann compte aussi parmi les réalisateurs dont le travail présente des affinités avec l’univers de Melville, notamment dans la représentation méthodique des opérations criminelles et l’attention portée aux comportements professionnels des personnages.
La Cinémathèque française consacre plusieurs rétrospectives à son œuvre. Ses films font également l’objet de restaurations et de nouvelles éditions vidéo, contribuant à leur circulation auprès de générations successives de spectateurs.
Une vie consacrée au cinéma
La passion cinéphile de Jean-Pierre Melville s’étend à ses habitudes personnelles. Grand amateur de films américains, il possède une importante collection de copies et organise régulièrement des projections privées. Il fréquente les cinémas parisiens, parfois tard dans la nuit, et entretient une connaissance approfondie du cinéma hollywoodien.
Sa tenue vestimentaire devient l’une de ses caractéristiques les plus reconnaissables. Il porte régulièrement un Stetson et des lunettes de soleil, accessoires également présents dans plusieurs de ses œuvres. Son goût pour les voitures américaines se manifeste notamment à travers les véhicules qu’il utilise personnellement et ceux qu’il choisit pour ses personnages.
En 1968, les journalistes Rui Nogueira et François Truchaud l’interrogent longuement sur sa conception de la mise en scène. Ces entretiens participent à la connaissance de ses méthodes de travail et de ses préférences cinématographiques. Rui Nogueira publiera également Le Cinéma selon Jean-Pierre Melville, ouvrage de référence consacré au réalisateur.
Sa personnalité fait l’objet d’un documentaire réalisé par André S. Labarthe, Jean-Pierre Melville : portrait en neuf poses (1970), dans le cadre de la série Cinéastes de notre temps. Le film montre notamment le cinéaste dans les vestiges de ses studios de la rue Jenner.
Jean-Pierre Melville meurt le 2 août 1973 à Paris, à l’âge de 55 ans, des suites d’un accident cardiovasculaire. Il est inhumé au cimetière parisien de Pantin, dans le caveau familial.
Filmographie
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