Giannetto De Rossi
- Costumes et maquillages
Biographie
- Nationalité
- Né le
- 8 août 1942 à Rome (Italie)
- Décédé le
- 11 avril 2021
- Âge
- 78 ans
- Filmographie
- 4 films
Giannetto De Rossi, né le 8 août 1942 à Rome et mort le 11 avril 2021 dans la même ville, est un maquilleur, créateur de maquillages prosthétiques, technicien d’effets spéciaux et occasionnellement réalisateur italien. Il est notamment associé à Il était une fois dans l’Ouest, Casanova, 1900, Zombi 2, L’Au-delà, Dune, Rambo III, Dragonheart, L’Homme au masque de fer et Haute Tension. Une partie des bases, dont IMDb, donne 1941 comme année de naissance, mais De Rossi déclarait lui-même être né en 1942, date également retenue par La Repubblica.
Troisième génération d’une famille de maquilleurs
Le cinéma appartient à l’environnement familial de Giannetto De Rossi bien avant qu’il décide d’en faire son métier. Son grand-père Camillo De Rossi, puis son père Alberto De Rossi, travaillent tous deux comme maquilleurs. Giannetto expliquait ainsi appartenir à la troisième génération de la famille dans cette profession. Son épouse Mirella De Rossi travaille elle aussi dans le maquillage et la coiffure de cinéma.
Il affirme pourtant avoir d’abord voulu éviter cette voie. Attiré par le dessin, il entreprend une formation artistique avant que son père ne lui propose de rejoindre son équipe au début des années 1960. Alberto De Rossi travaille alors sur des productions internationales de grande ampleur, parmi lesquelles Le Guépard et La Bible.
L’expérience qui change son regard sur le métier survient sur Cléopâtre en 1963. De Rossi raconte avoir été chargé du maquillage des yeux d’Elizabeth Taylor ainsi que d’une séquence comportant différents personnages fortement maquillés. Il comprend alors que le maquillage peut dépasser la simple préparation esthétique d’un acteur et devenir, selon sa conception, une forme d’expression picturale.
De Sergio Leone à Federico Fellini
Ses premiers crédits personnels remontent à 1963, avec notamment Le ore dell’amore. Dès l’année suivante, il travaille pour Lucio Fulci sur I maniaci, une comédie pour laquelle il réalise notamment un vieillissement de Raimondo Vianello. Cette première rencontre précède de quinze ans leur collaboration la plus célèbre.
Durant les années 1960 et 1970, De Rossi passe par certains des grands plateaux du cinéma italien et international. Il travaille sur La Mégère apprivoisée de Franco Zeffirelli en 1967, puis sur Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone en 1968. Il se souvenait particulièrement de l’extrême précision avec laquelle Leone examinait le maquillage, jusqu’à discuter avec lui de la couleur exacte de l’eye-liner de Claudia Cardinale.
Le film Waterloo de Serge Bondartchouk, en 1970, constitue selon De Rossi une étape importante dans son passage du maquillage traditionnel aux effets physiques complexes. Le budget du film lui permet d’expérimenter blessures, membres mutilés et autres effets de bataille dans des conditions beaucoup plus ambitieuses que celles de productions italiennes ordinaires.
En 1976, il travaille à la fois sur 1900 de Bernardo Bertolucci et sur Casanova de Federico Fellini. Pour Bertolucci, il réalise notamment les maquillages de vieillissement de Burt Lancaster, Robert De Niro et Gérard Depardieu ainsi que plusieurs effets corporels. De Rossi décrira plus tard 1900 comme l’une des expériences les plus heureuses de toute sa carrière.
Sur Casanova, il est notamment responsable de la transformation de Donald Sutherland. Des années plus tard, lorsqu’il rencontre Sylvester Stallone pour Rambo III, c’est précisément ce travail sur le film de Fellini qu’il cite parmi ses références pour convaincre l’acteur de son expérience.
Les zombies de Lucio Fulci
La collaboration déterminante avec Lucio Fulci intervient en 1979 avec Zombi 2, connu internationalement sous différents titres dont Zombie Flesh Eaters. De Rossi refuse de reproduire l’apparence relativement uniforme des morts-vivants du cinéma américain et cherche au contraire des visages décomposés, individualisés et fortement texturés.
Le budget ne lui permettant pas de fabriquer des prothèses moulées pour chaque figurant, il développe une méthode rapide consistant à sculpter directement sur le visage des interprètes, notamment avec de l’argile rouge. Ne disposant parfois que du figurant le jour même du tournage, il transforme nez, oreilles et peau directement sur le plateau.
L’une des séquences les plus célèbres du film, dans laquelle l’œil du personnage joué par Olga Karlatos est lentement poussé vers une écharde de bois, est largement conçue autour de l’effet imaginé par De Rossi. Selon son propre récit, Fulci lui laisse organiser lui-même les plans nécessaires à l’illusion. Le faux œil est notamment fabriqué à partir de cire utilisée par les thanatopracteurs et rempli d’œuf pour obtenir la consistance recherchée.
De Rossi retrouve Fulci sur L’Au-delà en 1981 et La Maison près du cimetière. Il considérait L’Au-delà comme l’un des meilleurs exemples du talent du réalisateur et parlait avec une particulière affection de leur capacité commune à compliquer volontairement les effets afin d’obtenir quelque chose de plus spectaculaire à l’écran.
Ces films installent durablement sa réputation dans le cinéma d’horreur. Pourtant, De Rossi refusait de hiérarchiser son travail selon le prestige des productions : il disait être aussi fier d’avoir participé à Il était une fois dans l’Ouest ou Casanova qu’à Zombi 2.
Dune et les grandes productions internationales
À partir des années 1980, Giannetto De Rossi travaille de plus en plus sur des productions internationales. L’un de ses premiers grands projets américains est Dune de David Lynch, tourné au Mexique et produit par la famille De Laurentiis.
Il réalise notamment le maquillage du baron Vladimir Harkonnen, interprété par Kenneth McMillan. Il intervient également sur plusieurs effets de créatures. De Rossi racontait avoir fabriqué en quelques jours une portion de ver des sables permettant de montrer des tissus, des fluides verts et des tendons en mouvement, à partir de matériaux simples comme l’argile, le coton, le latex et des tubes.
La même période comprend Conan le Destructeur, King Kong Lives et d’autres productions à effets spéciaux. Son profil devient celui d’un technicien capable de passer du maquillage de personnages aux blessures, créatures et mécanismes physiques réalisés directement sur le plateau.
En 1989, De Rossi et Fabrizio Martinelli sont nommés au BAFTA des meilleurs effets spéciaux pour Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci. Le prix est finalement attribué à l’équipe de Qui veut la peau de Roger Rabbit.
Sylvester Stallone et Rambo III
Une autre collaboration importante naît avec Sylvester Stallone à la fin des années 1980. Pour Rambo III, De Rossi est engagé afin de concevoir les maquillages et blessures du personnage. Il raconte qu’au cours de leur première rencontre, Stallone lui demande son avis sur le scénario. De Rossi propose alors que Rambo traite lui-même une blessure grave en la cautérisant avec de la poudre à canon, plutôt que de recevoir des soins d’un tiers. L’idée est intégrée au film.
Pour réaliser l’effet, De Rossi moule le torse de Stallone afin de permettre l’apparition de la plaie et le retrait d’un projectile sans multiplier les inserts. Il retrouve ensuite Stallone sur Daylight, réalisé par Rob Cohen et largement tourné dans des décors construits à Cinecittà.
Cette méthode illustre une caractéristique récurrente de son travail : De Rossi privilégie autant que possible les effets pratiques visibles dans le plan, construits au contact direct du corps de l’acteur, plutôt qu’une succession de gros plans détachés du jeu.
Une brève carrière de réalisateur
De Rossi passe également derrière la caméra à la fin des années 1980. Il réalise Cyborg, il guerriero d’acciaio en 1989 puis Killer Crocodile 2 en 1990, après avoir conçu les effets du premier Killer Crocodile. Un troisième titre, Tummy, suit en 1995.
Il ne considérait cependant pas la réalisation comme une véritable nouvelle orientation de carrière. Dans une interview rétrospective, il explique avoir accepté Killer Crocodile 2 essentiellement à la demande du producteur Fabrizio De Angelis et porte lui-même un jugement très sévère sur ses films de réalisateur. Son intérêt demeure avant tout celui d’un artisan des transformations physiques et des effets de plateau.
Dragonheart, L’Homme au masque de fer et Haute Tension
Durant les années 1990, il travaille notamment sur Dragonheart de Rob Cohen. De Rossi explique avoir été appelé à retravailler certains détails physiques du dragon afin que l’intérieur de sa bouche paraisse plus organique lors des prises de vues réelles.
En 1998, il conçoit la masque portée par Leonardo DiCaprio dans L’Homme au masque de fer de Randall Wallace. De Rossi racontait que DiCaprio avait demandé à conserver le prototype original à la fin du tournage, mais qu’il l’avait déjà promis à l’une de ses filles.
Il retrouve ensuite le cinéma d’horreur avec Haute Tension d’Alexandre Aja en 2003. Ce retour à des effets sanglants très physiques fait connaître son travail à une nouvelle génération de cinéastes et de spectateurs, plus de vingt ans après les films réalisés avec Fulci.
L’un de ses derniers grands défis est Seven Sisters (What Happened to Monday), sorti en 2017, dans lequel Noomi Rapace interprète plusieurs sœurs identiques. De Rossi expliquait avoir dû différencier les personnages tout en évitant que leurs transformations ne deviennent caricaturales. Il indiquait qu’un infarctus survenu peu après ce travail avait pratiquement mis fin à sa carrière.
Mort à Rome
Giannetto De Rossi meurt à Rome le 11 avril 2021, à 78 ans selon l’année de naissance 1942 qu’il donnait lui-même. La Repubblica annonce sa disparition le lendemain en rappelant aussi bien ses collaborations prestigieuses avec Bertolucci, Fellini et Leone que le rôle décisif joué par ses créations dans le cinéma d’horreur de Lucio Fulci.
Son parcours couvre ainsi près de six décennies de cinéma et relie plusieurs traditions rarement réunies dans une même filmographie : le grand cinéma d’auteur italien, les péplums et fresques historiques, l’horreur gore, les superproductions hollywoodiennes et les effets prosthétiques contemporains. Ce 8 août 2026, Giannetto De Rossi aurait eu 84 ans.