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Film Index

Eddie Constantine

Casting

Nationalité
 États-Unis
Mort
25 février 1993
Âge
75 ans
Autre nom
Edward Constantinowsky
Membre de la famille
Constantine
Filmographie
3 films

Biographie

Eddie Constantine, né le 29 octobre 1913 à Los Angeles, aux États-Unis, et mort le 25 février 1993 à Wiesbaden, en Allemagne, est un chanteur et acteur américain qui accomplit l’essentiel de sa carrière en France puis en Allemagne.

Un chanteur américain devenu vedette en France

Issu d’une famille d’émigrés d’Europe orientale, Eddie Constantine reçoit une formation musicale et étudie notamment le chant à Vienne. De retour aux États-Unis, il tente de faire carrière comme chanteur et travaille également comme figurant et artiste de music-hall.

À la fin des années 1940, il gagne l’Europe avec son épouse, la danseuse Hélène Musil, engagée par les Ballets de Monte-Carlo. Installé à Paris, Eddie Constantine se produit dans les cabarets et apprend le français. Sa rencontre avec Édith Piaf joue un rôle déterminant : elle le choisit pour lui donner la réplique dans La P’tite Lili, comédie musicale de Marcel Achard et Marguerite Monnot créée en 1951.

Sa voix grave, son accent américain et une manière volontairement décontractée de chanter lui permettent de se construire rapidement une personnalité différente de celle des crooners français. Plusieurs chansons deviennent populaires, notamment Cigarettes, whisky et p’tites pépées, Et bâiller et dormir ou L’Homme et l’Enfant.

Cette carrière musicale précède de peu son succès au cinéma, où les producteurs utilisent précisément les caractéristiques qui l’ont rendu reconnaissable sur scène : accent, décontraction, silhouette massive et ironie.

Lemmy Caution, un Américain fabriqué par le cinéma français

En 1953, Bernard Borderie confie à Eddie Constantine le rôle de Lemmy Caution dans La Môme vert-de-gris, adaptation d’un roman du Britannique Peter Cheyney. Le personnage est un agent du FBI américain, amateur de whisky, de femmes et de réparties ironiques, qui évolue dans un univers de gangsters largement inspiré du roman noir et du cinéma hollywoodien.

Le succès du film conduit Constantine à reprendre Lemmy Caution dans plusieurs productions, notamment Cet homme est dangereux, Les femmes s’en balancent, Lemmy pour les dames et À toi de faire… mignonne. Même lorsqu’il n’interprète pas directement Caution, il reçoit souvent des personnages construits sur une image comparable de dur à cuire américain.

Cette persona repose en partie sur le décalage entre l’Amérique réelle de Eddie Constantine et l’Amérique imaginée par le cinéma populaire français des années 1950. Son accent et son comportement deviennent des signes immédiatement identifiables d’un univers de détectives, de bars, de voitures et de gangsters.

La dimension parodique de ces films distingue cependant Lemmy Caution du héros totalement sérieux. Constantine joue fréquemment avec les conventions du personnage, dont la désinvolture devient aussi importante que les bagarres et les enquêtes. Au milieu des années 1950, il compte parmi les acteurs les plus populaires du cinéma français.

Alphaville, quand Godard détourne Lemmy Caution

Jean-Luc Godard utilise cette image déjà célèbre dans Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution, sorti en 1965. Plutôt que d’inventer un héros de science-fiction, il reprend Eddie Constantine et son personnage de détective pour les transporter dans une société futuriste contrôlée par un ordinateur.

Lemmy Caution arrive à Alphaville sous l’identité d’un journaliste et doit affronter Alpha 60, intelligence artificielle qui gouverne une cité où les émotions et certains mots ont été supprimés. Anna Karina interprète Natacha von Braun, fille du scientifique responsable de cet univers.

Godard conserve plusieurs éléments caractéristiques du personnage : imperméable, cigarette, appareil photographique et comportement de détective de série noire. Mais il les place dans les immeubles, hôtels et rues du Paris contemporain, sans construire de décors futuristes. Le décalage transforme la figure populaire jouée depuis plus de dix ans par Eddie Constantine en personnage de dystopie philosophique.

Présenté à la Berlinale, Alphaville reçoit l’Ours d’or en 1965. Le film donne à Constantine une place singulière dans le cinéma d’auteur européen : l’acteur qui incarnait une imitation française du détective américain devient chez Godard le moyen de questionner le langage, la logique et la domination technologique.

Une seconde carrière auprès des cinéastes allemands

Alors que sa popularité commerciale diminue en France au cours de la seconde moitié des années 1960, Eddie Constantine développe une nouvelle carrière en Allemagne et dans le cinéma d’auteur européen.

Rainer Werner Fassbinder l’emploie dans Prenez garde à la sainte putain en 1971, où Constantine interprète une version de lui-même, vedette engagée dans le tournage chaotique d’un film. Il apparaît ensuite dans Le Monde sur le fil, adaptation télévisée de science-fiction réalisée par Fassbinder en 1973.

Ces cinéastes exploitent moins ses qualités de héros d’action que son statut d’ancienne vedette et l’image accumulée au cours de ses films français. Eddie Constantine devient ainsi un acteur dont la présence renvoie elle-même à l’histoire du cinéma populaire européen.

Il travaille également avec des réalisateurs comme Agnès Varda, William Klein et Rosa von Praunheim. Dans Racket (The Long Good Friday) de John Mackenzie, sorti en 1980, il apparaît aux côtés de Bob Hoskins dans un film de gangsters britannique beaucoup plus sombre que ses aventures de Lemmy Caution.

Lemmy Caution jusqu’au cinéma tardif de Godard

Eddie Constantine ne rompt jamais complètement avec le personnage qui l’a rendu célèbre. Après une longue interruption, il reprend Lemmy Caution à la télévision puis retrouve Jean-Luc Godard pour Allemagne 90 neuf zéro, réalisé en 1991.

Le film suit un Lemmy Caution vieillissant dans une Allemagne bouleversée par la chute du mur de Berlin et la réunification. Le détective issu des romans de Peter Cheyney devient cette fois un témoin du XXe siècle européen, traversant des paysages chargés d’histoire et de références culturelles.

Près de quarante ans séparent ainsi La Môme vert-de-gris et Allemagne 90 neuf zéro. Durant cet intervalle, Eddie Constantine a fait passer le même personnage du film policier populaire à la science-fiction de Godard puis à une méditation sur l’histoire européenne.

Il apparaît encore dans Europa de Lars von Trier en 1991, où il interprète le colonel Harris dans l’Allemagne de l’immédiat après-guerre.

Eddie Constantine meurt d’une crise cardiaque à Wiesbaden le 25 février 1993, à l’âge de 79 ans.

Famille proche

Eddie Constantine

Filmographie

  • Le Livre d'image
    Tout public

    Dans Le Livre d’Image, Jean-Luc Godard recycle des images déjà existantes (films, documentaires, peintures, archives télévisuelles, etc.), cite des extraits de livres, utilise des fragments de musique. Le moteur, c’est la rime poétique, l’association ou l’opposition d’idées, l’étincelle esthétique à travers le montage, clé de voûte. L’auteur exécute un travail de sculpteur. La main, pour cela, est essentielle. Il en fait l’éloge au début. « Il y a les cinq doigts. Les cinq sens. Les cinq parties du monde (…). La vraie condition de l’homme, c’est de penser avec ses mains. » Jean-Luc Godard compose une éblouissante syncope de séquences, dont le déferlement évoque la violence des flux de nos écrans contemporains, portée à un niveau d'incandescence rarement atteint. Couronné à Cannes, le dernier Godard est un film choc, à la beauté crépusculaire.

    2018 1h24 (archives vidéos)

  • Europa
    Tout public

    Le jeune M. Kessler arrive en Allemagne peu après la fin de la guerre. Il a refusé de s'engager dans l'armée et souhaite désormais se rendre utile aux Allemands souffrants en travaillant comme employé de wagon-lit. Mais il découvre rapidement que l'image qu'il avait de lui-même, en noir et blanc, ne correspond pas à la réalité.

    1991 1h52 Colonel Harris

  • Racket
    Tout public

    Harold Shand, roi de la pègre londonienne, veut couronner sa carrière par une opération gigantesque : la construction d'un stade olympique dans le quartier délabré des docks de l'East End. Le projet étant trop vaste pour lui seul, il s'est rendu en Amérique pour négocier avec la mafia. Tout doit être finalisé le Vendredi saint à bord du yacht de Harold, qu'il fait naviguer fièrement sur la Tamise pour offrir une petite visite touristique à Charlie, le représentant de la mafia. Mais des événements fâcheux surviennent alors : la Rolls-Royce qui vient de déposer la mère de Harold à l'église explose, son meilleur ami et bras droit est poignardé dans la piscine, et une bombe détruit le restaurant chic où ils devaient dîner.

    1980 1h54 Charlie