Béla Tarr
- Production
Biographie
- Nationalité
- Né le
- 21 juillet 1955 à Pécs
- Décédé le
- 6 janvier 2026
- Âge
- 70 ans
- Filmographie
- 1 film
Béla Tarr, né le 21 juillet 1955 à Pécs, en Hongrie, et mort le 6 janvier 2026 à Budapest, est un réalisateur, scénariste et producteur hongrois. Il a également enseigné le cinéma et fondé à Sarajevo le programme international film.factory.
Béla Tarr et l’apprentissage du cinéma en Hongrie
Issu d’une famille dont les deux parents travaillent dans le théâtre, Béla Tarr commence à tourner des films amateurs à l’âge de seize ans. Ses premières réalisations attirent l’attention du Studio Béla Balázs, atelier budapestois consacré au cinéma expérimental et aux jeunes cinéastes. Il étudie ensuite la réalisation à l’École supérieure d’art dramatique et cinématographique de Budapest.
À vingt-deux ans, Béla Tarr réalise son premier long métrage, Le Nid familial, avec le soutien du Studio Béla Balázs. Tourné avec des interprètes non professionnels, le film suit une ouvrière contrainte de vivre avec son mari et leur enfant dans l’appartement surpeuplé de ses beaux-parents. Il reçoit le Grand Prix du Festival international du film de Mannheim-Heidelberg.
Les premiers films de Béla Tarr reposent sur une caméra mobile, des dialogues proches de l’improvisation et des situations liées au logement ou au travail dans la Hongrie socialiste. L’Outsider confie son rôle principal à un jeune violoniste, tandis que Rapports préfabriqués observe les tensions d’un couple installé dans un ensemble résidentiel.
La collaboration de Béla Tarr avec Ágnes Hranitzky
La monteuse Ágnes Hranitzky devient la principale collaboratrice de Béla Tarr et participe à la construction de ses films pendant plusieurs décennies. Leur travail commun commence au montage avant que plusieurs génériques ne la créditent comme coréalisatrice, notamment pour Les Harmonies Werckmeister et Le Cheval de Turin.
Le découpage des scènes est préparé avec précision avant le tournage. Béla Tarr et Ágnes Hranitzky organisent les déplacements des acteurs, de la caméra et des éléments du décor à l’intérieur de plans pouvant durer plusieurs minutes. Le montage conserve de longues séquences continues plutôt que de multiplier les changements de point de vue.
Le compositeur Mihály Víg appartient également à cette équipe régulière. Béla Tarr utilise ses partitions dès la préparation de certaines scènes, afin que les mouvements et la durée des prises puissent être accordés à la musique. Víg interprète en outre Irimiás dans Sátántangó.
László Krasznahorkai dans l’écriture de Béla Tarr
La rencontre avec l’écrivain László Krasznahorkai modifie durablement le travail scénaristique de Béla Tarr. Leur première collaboration aboutit à Damnation, sorti en 1988. Le film associe un récit d’adultère à une ville industrielle filmée sous la pluie, avec Miklós Székely B. dans le rôle de Karrer.
Publié en 1985, le roman Sátántangó fournit ensuite la matière d’un long métrage de 439 minutes. Béla Tarr en conserve la construction en douze parties, organisée autour des habitants d’une ancienne exploitation collective qui attendent le retour d’Irimiás. Présenté en 1994, le film développe sa narration par reprises successives, certains événements étant montrés depuis plusieurs points de vue.
Les Harmonies Werckmeister adapte en 2000 des éléments du roman La Mélancolie de la résistance. Béla Tarr y dirige Lars Rudolph dans le rôle de János Valuska, employé d’une petite ville où l’arrivée d’une baleine exposée dans une remorque précède une émeute. Hanna Schygulla interprète Tünde Eszter.
Les plans longs dans le cinéma de Béla Tarr
À partir de Damnation, Béla Tarr travaille principalement en noir et blanc et réduit fortement le nombre de plans utilisés dans chaque film. Les travellings accompagnent les personnages dans des rues, des bâtiments ou des paysages où la pluie et le vent interviennent directement dans la mise en scène.
Le temps de l’action demeure visible dans les gestes ordinaires. Béla Tarr filme une marche, un repas ou l’attente d’un personnage sans raccourcir systématiquement leur durée. Sátántangó comprend ainsi des déplacements prolongés dans la plaine hongroise, tandis que Les Harmonies Werckmeister s’ouvre sur une démonstration du mouvement des astres réalisée par János Valuska dans un café.
Dans L’Homme de Londres, Béla Tarr adapte en 2007 le roman de Georges Simenon consacré à un aiguilleur qui découvre une valise contenant de l’argent. Miroslav Krobot tient le rôle de Maloin, Tilda Swinton celui de son épouse. Le tournage, réalisé notamment en Corse, utilise le port de Bastia comme espace principal du récit.
Le Cheval de Turin et la fin de la réalisation
Le Cheval de Turin naît d’une anecdote liée à Friedrich Nietzsche, qui aurait enlacé un cheval maltraité à Turin en janvier 1889. Béla Tarr et László Krasznahorkai déplacent toutefois le récit vers un fermier, sa fille et leur cheval, isolés dans une maison battue par une tempête. János Derzsi et Erika Bók interprètent les deux personnages humains.
Présenté en compétition à la Berlinale en 2011, le film reçoit le Grand Prix du jury, remis sous la forme d’un Ours d’argent. Béla Tarr annonce qu’il s’agit de son dernier long métrage de cinéma.
Après cette décision, Béla Tarr continue de produire, d’enseigner et de soutenir des cinéastes. Il fonde en 2012 film.factory au sein de la Sarajevo Film Academy, programme international organisé autour de tournages, d’ateliers et de rencontres avec des réalisateurs ou des techniciens.
Les distinctions et les responsabilités de Béla Tarr
Le gouvernement hongrois décerne à Béla Tarr le prix Béla Balázs, puis le prix Kossuth, l’une des principales distinctions artistiques du pays. Il reçoit également le titre de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en France.
Béla Tarr préside l’Association des cinéastes hongrois et devient membre de l’Académie Széchenyi des lettres et des arts. Plusieurs universités lui attribuent un doctorat honorifique pour son travail de réalisateur et son activité pédagogique.
En 2023, l’Académie européenne du cinéma lui remet le prix honorifique de sa présidence et de son conseil d’administration. Cette distinction récompense son œuvre cinématographique ainsi que ses prises de position publiques en faveur de la liberté artistique.
Après une longue maladie, Béla Tarr meurt à Budapest le 6 janvier 2026, à l’âge de 70 ans.